lundi 18 juillet 2022





« Le 4ème pouvoir »- pièce théâtrale qui a eu lieu mercredi 22 juin à l’Espace culturel du 4ème Art (Tunis, avenue de Paris)- est une avant-première jouée par le jeune et talentueux comédien Khaled Houissa, sur une idée de Néji  Zeiri et une mise en scène de Abdelkader Ben Saîd.

« Ali » est embauché en tant que journaliste professionnel. Croyant à la rectitude de sa noble mission en tant que rapporteur d’événements, il se propose pour principale tâche la dénonciation des incohérences et des injustices et à défendre  les droits des démunis et des opprimés. Il ne tarde pas cependant à s’affronter à la réalité d’un système corrompu, régi par des administrateurs imbus de leur pouvoir, irresponsables et pervertis. Constamment soumis à des agissements avilissants, découragé, voué à l’échec, le seul moyen de s’en sortir est de dénigrer ses propres convictions. Usant de flagorneries, d’adulations et de flatteries, susceptibles de satisfaire les bureaucrates soucieux de  préserver leurs titres et leur fortune, il va suivre le vent qui tourne ; il retourne sa veste !  Une pièce tellement bien interprétée à voir absolument et à ne pas rater.

                                                                                                                        Khaled Lasram

lundi 4 juillet 2022


 Famille Lasram 

(Ces quelques pages relatent l’histoire de la famille Lasram et présentent quelques-uns de ses membres.)

      "Ce ne sont ni les richesses, ni le nom d'illustres aïeux,  Mais la vertu et les qualités du cœur qui distinguent les hommes".         

                                                                        Ovide, Epist - Pont, 19. v 39, 40.   

 

La famille Lasram (al-Asram), qui puise ses  origines dans les tribus yéménites qui ont participé à la conquête d’Ifrikya (1), a élu domicile à Kairouan au moment de la fondation de la ville sainte par Okba ibn Nafaâ (VIIème siècle). L’une des portes de Kairouan, « Bâb Asram », du nom du fondateur de la famille, se situait dans le quartier ouest de l’ancienne cité (2). Elle a été démolie, ainsi que Bâb Salm, sis à peu de distance, lors des travaux de consolidation des remparts de la ville, entrepris par Mohamed Rachid Bey au début de son règne (1757) (3).

Durant les luttes successorales entre le Bey Husseïn ben Ali et son neveu Ali Pacha, les deux frères Ahmed et Mohamed Lasram comptaient parmi les partisans kairouanais les plus fervents ayant fait allégeance à la souveraineté husséïnite et qui, en compagnie de leur père Md Habib, ont soutenu le Bey Husseïn lors de sa retraite dans leur ville (4).

En 1740, le Bey Husseïn fut assassiné puis décapité ; ses deux fils, Mohamed et Ali, fuyant la répression sanglante menée par Ali Pacha, s'exilèrent en Algérie, en compagnie d’une poignée de fidèles, parmi lesquels Ahmed et Mohamed Lasram étaient des plus dévoués et des plus probes. A leur retour à leur patrie en vainqueurs, récupérant le trône de leur père (1756), Mohamed Rachid Bey et Ali Bey II récompensèrent les deux frères Ahmed et Mohamed pour leur assistance et leur loyalisme. 

 Depuis, les Lasram ont formé une véritable oligarchie de secrétaires de chancellerie (diwân al-inchâ) et de premiers secrétaires (bâch kâtib), jusqu’au dernier d’entre eux, Mohamed IV, mort en 1861. (5) A partir de ce moment, la famille perdit ses prérogatives dans la chancellerie beylicale. Certains de ses membres ont vécu de l'usufruit de leurs habous fonciers et  immobiliers ; quelques-uns ont exercé des fonctions administratives. On y compte également dans la famille quelques enseignants à la Zitouna (mudarris) et quelques notaires (udûl).

 Au début du XXe siècle, M’hamed Lasram (1866-1925) prit activement part à la vie politique et culturelle, motivé par les revendications nationalistes. Il fut l'un des principaux promoteurs du mouvement "Jeunes Tunisiens".

A une époque plus proche de nous, Abdelaziz Lasram a été ministre de l’Economie nationale sous Habib Bourguiba. En 1989, Mustapha Lasram a été élu membre associé de l’Académie d’agriculture de France. (6) Zoubeïr Lasram (président du festival de la Médina) et Khaled Lasram sont tous deux universitaires et théoriciens de l’art. Ils acquièrent aujourd’hui, ainsi que Zied Lasram, un certain renom en tant qu’artistes plasticiens. Saïfallah Lasram fut désigné maire de la ville de Tunis après la révolution tunisienne de 2011.

 

 Personnalités 


Ahmed Lasram (ben Mohamed al-Habib ben haj Ali ben Omar) (v.1710-v.1780), Bâch Kâtib (Premier secrétaire de chancellerie, responsable de l'administration fiscale), jurisconsulte, homme de lettres, poète. Très proche de Mohamed Rachid Bey, prince mécène passionné de musique et de poésie, il a notamment poursuivi l’œuvre musicale entreprise par son maître en complétant une partie des muwachahât andalous (malûf) et des suites mélodiques (nawbât) rassemblés par celui-ci (7). Il accompagna le prince héritier Ali Bey au Djerid, au moment du prélèvement des impôts, et à Kairouan durant les travaux de fortification des remparts. (8)

                      

 Mohamed Lasram Ier (ben Md al-Habib ben haj Ali ben Omar) (1720-1806), caïd (gouverneur) de Sfax, khouja des askar zwâwa (commandant du corps des régiments de cavalerie berbère). (9)

·                      

 Mohamed al-Habib Lasram (ben Ahmed ben Md al-Habib) (né en Algérie (de mère algéroise), d.1818), kâtib (secrétaire de chancellerie), homme de lettres et fin versificateur. (10)

                     

 Mohamed Lasram II (ben Ahmed) (né en Algérie (de mère algéroise), d.1825), Kahia du Bâch Kâtib (sous-chef secrétaire). Atteint de la goutte articulaire, il s‘installa, pour un traitement curatif, au village de Korbous où il édifia une maison, un établissement thermal et une mosquée dans laquelle il fut enterré. (11) 

                      

Mohamed Lasram III (ben Mohamed Ier) (d. 1827), Bâch Kâtib (1790-1827), responsable des registres fiscaux, (épousa sa cousine Aïcha, fille de son oncle Ahmed ben Mohamed al-Habib). 

                     

 Hammouda (dit Amira) Lasram (ben Mohamed Ier) (d-1835). (Il épousa Hannouna Zitoun, et l'une de ses filles épousa son cousin Ali Zitoun). khouja des askar Zwâwa (régiment de cavalerie berbère) ; régisseur des recettes douanières ; conseiller intime de Hammouda Pacha. Il commanda un corps d’armée durant la guerre algéroise-tunisienne de 1807 (domicile : Dar Lasram, rue du Tribunal, somptueux palais qu'il avait édifié entre 1812 et 1819, faisant appel à des artisans qualifiés qui réhabilitèrent l'art du naqch-hadida, qu'ils s'étaient eux-mêmes transmis de maîtres artisans marocains). (12)


  Dar Lasram, rue du Tribunal, Tunis, Patio principal (photo Zaher Kammoun)


  Mahmoud Lasram (ben Mohamed Ier) (d-1837), Bâch Kâtib (domicile mitoyen à Dar Husseïn (Institut National du Patrimoine), Place du Château. Construit en 1759 par haj Younès ben Younès, riche armurier et familier de Youssef Sâhib-Taba', ce palais a été acquis et embelli par le Bâch Kâtib Mahmoud. Vers 1870, il a été vendu, à l'exception de l'étage des hôtes, au Cheïkh Mohamed Mohsen al-Kabîr, Imâm à la Zitouna qui avait entrepris l'édification d'un étage supplémentaire). Cf. Revault, 1983, op.cit., p. 225.

                      

Mohamed Lasram (ben Hammouda) (d-1842), Kâhia (adjoint) des askar Zwâwa ; responsable des biens habous destinés aux lieux saints (awqâf al-haramayn). (13) Bibliophile, il consacra ses heures libres à transcrire, de sa belle écriture, des manuscrits rares pour garnir sa bibliothèque.

                       


                     Manuscrit intitulé "Naktou al-himyân fî nikati an-'imyân" ((biographies des non-voyants célèbres) ; auteur : Salah-addine Khalîl al-Safadî (14è s.). A la dernière page est mentionné le nom du copiste "Mohamed ben Hammouda ben Mohamed ben Mohamed al-Habib ben haj Ali ben Omar Lasram al-ansârî al-mâlikî". Copie achevée le 14 chawâl 1257 / 29 novembre 1841.

                      

  Ahmed Lasram (ben Mohamed ben Ahmed) (d.1858), Wakîl (intendant) de la Râbita (chargé de l'exploitation en régie des silos et de la perception de la dîme des céréales). 

                      

 Mohamed Lasram IV (fils de Mohamed III et de Aïcha Lasram) (1775-1861),  Bâch Kâtib ; poète et musicophile. (14) A la tête d’une coalition de la cour contre certains agissements menés par le Premier Ministre Mustapha Khaznadar, Mohamed Lasram n’avait point obtenu gain de cause auprès des trois Beys successifs Ahmed, M’hamed et Sadiq. Pourtant, ces derniers étaient au courant des abus et des forfaitures de leur ministre, qui continuait à jouir d’une autorité incontestée, entouré d’une clique de gens corrompus qui le soutenaient dans ses manœuvres frauduleuses. (15) Dans cette ambiance de rivalités et de discordes qui régnait dans la cour beylicale, Mohamed Lasram dut se retirer mettant fin à son activité en renonçant délibérément à sa charge de premier secrétaire. Ce poste est resté vacant jusqu'à sa mort (16). Ahmed Ibn abî-Dhiaf, Kâtib as-Sir (secrétaire particulier) de cinq Beys successifs, de par son âge et ses compétences, était le mieux qualifié à recevoir le titre de Bâch Kâtib, auquel il avait d'ailleurs aspiré depuis longtemps. (Notons au passage qu'à travers ses lettres, il ne manquait pas, chaque fois qu'il prononçait le nom du Bach Kâteb, de le traiter avec une profonde animosité) (17). Mais il se sentit profondément offensé lorsque l'influent Ministre Mustapha Khaznadar, réprouvant ses penchants réformistes, parvint à l'écarter, désignant à sa place une personne appréciable pour ses qualités de loyalisme et d'intégrité, Mohamed al-Aziz Bou Attour, pourtant plus jeune qu'Ibn abî-Dhiaf d'une bonne vingtaine d'années. Celui-ci avait d'ailleurs été recruté, en 1845, en tant que secrétaire au Dîwân al-inchâ, sur la proposition même du Bâch Kâtib Lasram, lui permettant ainsi de poursuivre la même carrière que certains membres de sa famille, anciennement dignitaires dans la Chancellerie (18). Mohamed al-Aziz Bou Attour devint par la suite Ministre de la plume (1864) et fut promu, en 1882, Grand Vizir jusqu'à sa mort en 1907 (19) /  (Mohamed IV résidait au quartier de la Hafsia ; palais aujourd’hui démoli, le terrain fut morcelé, une partie a été affectée au Collège Khéreddine.  Il avait aussi édifié, en 1831, une maison de plaisance à Sidi bou Saïd, (composée de deux étages et d'un verger)). (20) Dans sa thèse, M.A. Ben Achour a rapporté, d'après un acte notarié daté de 1281 de l'hégire (1864), la liste des propriétés foncières et des biens immobiliers répartis sur plusieurs régions du pays qu'avait laissés, à sa mort, Mohamed IV (1861). (21) Ce patrimoine colossal fut d'une manière inconsidérée et inconséquente dilapidé par le fils du Bâch Kâtib, Hamda Lasram. "Les énormes sommes d'argent, l'or et les bijoux qui lui passaient par les mains, raconte-t-on, filaient aussitôt". (22) Mohamed IV fut surtout un grand amateur de livres précieux. Sa collection se composait d'exemplaires rares ou uniques, de manuscrits anciens ornés d'enluminures, de centaines d'ouvrages qu'il avait, de son vivant, légués à son petit-fils Ahmed ben Hamda. A la mort de celui-ci, une partie de cette collection fut acquise par la Bibliothèque publique de Tunis (BNT). M'hamed, frère de Ahmad et fils de Hamda Lasram avait, de sa part, fait don d'un certain nombre d’ouvrages qui étaient en sa possession, afin de mieux fournir la bibliothèque de la Khaldounia. Ci-dessous, un livre, ayant appartenu au Bâch Kâtib, le célèbre "Dalâil al-Khayrât" (Le guide des bienfaits) de l'Imâm Mohamed al-Jazûlî (XVème siècle), provenant d’Istanbul, et daté de 1810.

 


Au recto du premier feuillet : une donation par acte notarié attestant que le Cheïkh Bâch Kâtib se dépouille du présent ouvrage, "Dalâil al-Khayrât", en faveur de son petit-fils Ahmed ben Hamda Lasram, qui accepte ce don et l'acquiert (approuvé par deux notaires ; 15 rajab 1242 / 12 février

1827).


 Frontispice et page suivante

 


 Miniatures: à droite : Sanctuaire de la Ka'ba ; à gauche : Mosquée de Médine



 A la fin de la dernière page, sont inscrits le nom du calligraphe (Mustapha  Bayazid..) et la date d'achèvement de la copie (rabi' II, 1225 / mai 1810) 


 Mohamed Lasram (ben Ahmed ben Mohamed III) (1820-1912), (sa mère appartenait à une famille d'origine levantine : les Gara Borni). Il épousa Jénaïna, fille de son oncle Mohamed IV et sœur cadette de Fatma, elle-même épouse du Cheîkh al-Islam Ahmed Belkhodja II (dit Hmida, mort en 1895).  (Jénaïna est décédée assez jeune durant un séjour en villégiature à Radès et enterrée au cimetière de cette ville, laissant trois enfants en bas âge)). Mohamed Lasram épousa en seconde noce Jenaïna, veuve de H'souna  al-Haddad.  (Le père de celle-ci, Mohamed al-Kobbi, est issu d'une famille d'origine andalouse actuellement disparue). Cette dernière épouse fut une femme de qualité, elle  se chargea  aussi bien de l'éducation de ses propres filles que des enfants de son second mari./ Ayant participé, avec quelques trois cent notables, à la manifestation bourgeoise de Tunis en contestation contre les nouvelles réglementations municipales établies par le gouvernement du Protectorat (1885), Mohamed Lasram s’est vu retirer son brevet de notaire. Refusant de faire appel à l'indulgence du Résident Général, comme certains qui n'ont point tardé  à le faire afin de réintégrer leur fonction, son brevet ne lui a été rendu que trois années plus tard, en 1888 (23). Adepte de la tarîqua (confrérie) de Sîdî Abû al-Haçan Al-Châthuly, il se rendait durant chaque veillée du vendredi  à la zâouia participant régulièrement à la psalmodie des ahzâb (invocations). (Domicile  rue bir Lahjar, n° 4, Place Romdhane Bey) (24).

 

 Mohamed ben Ahmed Lasram, (v. 1885)



 Motion de notables tunisiens contre le Protectorat, 6 avril 1884 (parmi les 57 personnes signataires, on retient le nom de  "Mohamed Lasram, makhzen"), (tiré de "Khoulasat an-Nazila at-tounisiya", p.343 ; cf. note 19). 



 


 

                           Pages tirées d’un manuscrit (en écriture maghrébine) (14x14 cm) ayant appartenu à Mohamed Lasram : « Dalâ’il al-Khayrât » (Le guide des bienfaits)  (recueil de prières) ; auteur : Imam Al-Jâzûlî.  


Mohamed ben Hamda  ben Mohamed, cousin germain de Mohamed ben Ahmed, cité ci-dessus. Ils étaient inséparables à telle enseigne qu'on les appelait "al-farqadan" ("étoile polaire" et "étoile du Berger"). Il hérita d'une fortune colossale léguée par son grand père Mohamed Bach Kateb auquel il était très attaché. Ces deux cousins jouissaient d'une grande estime auprès de la société tunisoise et leur présence était sollicitée dans les diverses cérémonies officielles ou religieuses.



Ahmed ben Hamda ben Mohamed Bach Kateb. (Portrait peint par Hédi Khayachi en 1906).


M’hamed Lasram (ben Mahmoud, Bach Kateb) secrétaire à la chancellerie. Membre du Conseil des vérifications des comptes au Grand Ministère. Responsable des biens habous destinés aux Lieux saints.



 Décret de nomination de M’d Lasram au Conseil des vérifications des comptes au Grand Ministère, signé Mustapha Khaznadar, Grand Vizir, en date du 15 dhul-hijja 1277 / 24 juin 1861.

                Décret de Md Sadok Bey décernant le Nichan al-Iftikhar de 3è classe au Kateb Cheikh Md Lasram ; chawwâl 1281 / 1864


Décret de Md Sadok Bey nommant le Cheikh Md Lasram responsable des biens habous destinés aux Lieux Saints ; cha’bâne 1287 / décembre 1870

  

Md Habib Lasram ben Mahmoud ben Hamouda (Amira). Secrétaire au Ministère des Finances (v. 1280 / 1863-64).

  

 M’hamed Lasram (ben Hamda ben Mohamed IV) (1866-1925) (marié à une française décédée vers le début des années 60 et enterrée au cimetière de Borgel. Le 2 novembre de chaque année, célébrant la Toussaint, elle fleurissait la tombe de son défunt mari en y déposant un vase de chrysanthèmes). Élève à la Grande Mosquée et au Collège Sadiki, M'd Lasram séjourna durant deux années en France où il termina ses études secondaires. Se liant d'amitié avec Paul Bourde, ancien patron des forêts d'olivier, il succède à lui dans cette charge. (25) Il fut surtout l’un des fondateurs de la Khaldounia (arrêté du 21 décembre 1896) dont il fut doyen (1900-1909). (Cette association a été conçue en tant qu’annexe à la Zitouna, dotant l'étudiant d’une meilleure initiation au progrès scientifique moderne et à l'étude des langues) (26). M'hamed Lasram fut parmi l'élite évolutionniste et réformatrice des "Jeunes Tunisiens" qui  ont rédigé des articles dans divers journaux, notamment dans "Le Tunisien" (premier hebdomadaire en langue française, avec le sous-titre : "Organe Hebdomadaire d'intérêts indigènes", dirigé par Ali Bach Hamba) (1907-1912). (Quelques Français participèrent à ce journal, dont Klein Koberty (originaire d'Alsace et ami de Lasram) en sa qualité de  secrétaire de rédaction (éditeur)). M'hamed Lasram traduisit, en collaboration avec Victor Serres, contrôleur civil attaché à la Résidence générale de France à Tunis (1896-1900), deux importants ouvrages d'auteurs tunisiens (27). Il participa notamment au Congrès des Colonies à Marseille (5-9 septembre 1906) en tant que rapporteur, prônant la participation des "indigènes" (28) à l'administration de la vie publique et leur droit à l'enseignement. (29) Il participa aussi au Congrès consacré aux colonies de l'Afrique du Nord (octobre 1908), en envoyant un rapport sur l'état de l'enseignement supérieur en Tunisie (la mosquée de l'Olivier et la Khaldounia). (D'amples informations, concernant ce rapport, lui ont été fournies par son ami Cheikh Md Tahar Ben Achour, professeur à la Grande Mosquée). (30) / C'est surtout dans le domaine de l'enseignement que M'hamed Lasram devait trouver sa véritable vocation. Il fut instituteur au Collège Alaoui (1884), professeur à l'Ecole supérieure de langue et de littérature arabe (1909), professeur de traduction et de stylistique au Collège Sadiki 1916) et président, après les années de la première guerre mondiale et jusqu'en 1925, de l'Association des anciens élèves du collège Sadiki. (31) Dans sa deuxième conférence tenue le 19 octobre 1973 devant les étudiants de l'Institut de presse et des sciences de l'information sur "l'histoire du mouvement national", Habib Bourguiba évoqua avec émotion la mémoire de certains de ses professeurs qui l'avaient profondément marqué de leur empreinte : "C'est à M. M'hamed Lasram, dit-il, que revient le mérite de notre formation en arabe classique. Il appartenait à la génération de Bach Hamba. Il était relativement vieux. Corpulent et moustachu, il portait des lunettes et se coiffait d'un fez légèrement penché. Il nous avait communiqué l'amour de la langue arabe, celle des écrivains et des poètes authentiquement arabes. Il n'avait que mépris pour l'expression littéraire moderne, en vogue dans la presse égyptienne. Il ne reconnaissait aucun talent à Taha Hussein, couvrait de sarcasmes ceux qui prétendaient moderniser la langue arabe. Je dois reconnaître que c'est grâce à lui que nous avons appris, depuis, à nous exprimer et à rédiger en arabe classique. Cette langue nous était, auparavant, enseignée, principalement, sous forme de versions diverses..." (32) Le regretté Sadok Zmerli, lui-même ancien élève au Collège Sadiki et à l'Ecole supérieure de langue et de littérature arabe, et l'un des membres actifs au sein du mouvement Jeune Tunisien, m'avait parlé, à maintes occasions, de "Si M'hamed". Selon ses propres dires, "cet ancien compagnon de route (il était son aîné de dix-sept ans) avait toujours exercé sur ses condisciples un véritable ascendant. Ses paroles mesurées, émanant d'un esprit méthodique et réfléchi, étaient le plus souvent concluantes et acceptées sans réplique..." Dans sa série de biographies tunisiennes, cet illustre auteur avait d'ailleurs consacré un article sur M'd Lasram, dont je me contente de reproduire ici les dernières lignes : "...son professorat à l'Ecole supérieure d'Arabe et à Sadiki, devait lui procurer la plus grande satisfaction de sa vie : l'amitié affectueuse et déférente de nombreux disciples formés à son école, dont plusieurs occupent aujourd'hui des postes de choix dans les administrations du pays ; et qui se souviendront toujours avec émotion, des heures inoubliables vécues auprès du maître affable et souriant, dont l'unique ambition fut de servir la Tunisie." (33) 


M'hamed Lasram (1866-1925). (Cette photo m’a été aimablement confiée par le Révérend père André Demeersman (1901-1993) qui m’invita en février 1987 à son bureau à l’Institut des Belles Lettres Arabes (IBLA). Dans ce même bureau, sur le marbre de la cheminée, trônaient les portraits de Abdejelil Zaouche et de M’hamed Lasram).

 


                                         


De g. à d. assis : Md Salah Baccouche, M'd Lasram, Ammar Guellati, Béchir Sfar. Debout : Omar Bouhagib, Khélil Bouhagib, Younès Hajjouj, Mustapha Ben Osmane, Ali ben Ahmed Guellati, Ali Bouchoucha. (Photo originale (46x32 cm) aimablement offerte par M. Nabil Ben Khélil, petit-fils de Y. Hajjuj).



 Comité de la Khaldounia (1905) ; de g. à d. Assis : Cheïkh Md Tahar Ben Achour, professeur de 1ère classe à la Grande Mosquée, M'd Lasram, président de la Khaldounia, fonctionnaire, Béchir Sfar, fonctionnaire, Ali Bouchoucha, journaliste. Debout : Kayrallah Ben Mustapha, fonctionnaire, Abdejelil Zaouche, industriel puis fonctionnaire, Rachid Ben Mustapha, fonctionnaire, Abdelaziz Hayouni, fonctionnaire, Ahmed Ghattas, avocat.

 Abdejelil Zaouche, Béchir Sfar et M’hamad Lasram présidant l’assemblée organisée à la Khaldounia le 20 juillet 1908)

 

 Hussein ben M’hamed ben Mahmoud (Bach Kateb) (1854-1929). (Sa mère, Mannana, est la fille de Mohamed Louzir, Amine des chawâchiya. Il épouse  sa cousine germaine Mahbouba, fille de Mustapha Lasram). Elève à la  Zitouna, il obtient le tatwî’ et est recruté en tant que mou’îne (assistant) à la  bibliothèque sadikienne de la Grande Mosquée. Il enseigne par la suite à  l’Ecole maghrébine (1916) puis à la Zitouna (1919).

 

  Mohamed (ben Ahmed ben Hamda ben Mohamed IV) (1875-1960). Grand amateur de musique, son Maître fut Sadok Skandrani. Virtuose du piano, il animait ses longues veillées en jouant en solo du piano ou de l'orgue des airs dans le style traditionnel, entouré de toute une phalange d'admirateurs et d'amis fidèles. Souvent, ces veillées se prolongeaient jusqu'à une heure tardive. Elles ne s'interrompaient qu'à l'appel du muezzin annonçant la prière d'al-fajr, qu'il accomplissait pieusement. (On raconte même que lors de sa visite en Tunisie durant l'été 1932, la célèbre cantatrice égyptienne Mounira al Mahdia, surnommée "La Sultane du tarab", apprécia surtout l'agilité et la dextérité avec lesquelles le Cheikh Lasram jouait ses partitions, lui adressant une foule de compliments) (34). 

Œuvrant pour la promotion du malûf, il fut l’un des fondateurs de la Rachidia (décembre 1934) et son premier directeur artistique. Le premier conseil administratif de cette association était présidé par Mustapha Sfar, Cheïkh al-Médina. (Ce conseil comptait, en plus des soixante-dix membres, quatre vice-présidents, dont Belhassen Lasram (voir paragraphe ci-dessous).

 Mohamed Lasram avait par ailleurs réuni, dans un essai, un ensemble d'articles et de causeries qu'il rédigea lui-même ou qu'il recopia traitant de divers sujets se rapportant à la musique, notamment sa causerie sur l'histoire de la musique en Tunisie, qu'il a donnée au Palais des Sociétés françaises (l'actuelle Maison de la Culture Ibn Rachiq, avenue de Paris à Tunis) ainsi que sa causerie sur la vie de Mohamed Rachid Bey, donnée lors du premier concert de la Rachidia organisé au théâtre municipal de la ville de Tunis (28 mai 1934). (35) La radio tunisienne conserve de lui des enregistrements d'improvisations (istikhbârât, bachârif)) et quelques morceaux tirés du répertoire traditionnel, interprétés au piano. (36) Il fut aussi l'un des premiers tunisiens à s'adonner à la photographie. Il laissa un ensemble de portraits de personnes de son entourage familial, vêtus à l'ancienne, à la mode du début du siècle dernier. Mais son véritable violon d'Ingres a été la confection d'objets précieux en bois, en ivoire ou en ambre, tournés et ajourés, d'une grande finesse d'exécution : pupitres de Coran, portes-bijoux, brûles-encens, bras d'éventails, tekka… (37), qu'il aimait offrir, à titre gracieux, à ses proches ou à ses amis.(Md Lasram a eu une première épouse, Fatma, fille d'Ahmed Messaoudi. (3) Il a eu simultanément deux autres épouses; la première appartenant à la famille  Sanchou (mère de son fils unique Ahmed Lasram) et la seconde appartenant à la famille Chabou. Sa dernière femme fut la princesse Hnani (dite Hannouna), veuve de Ahmed Gaiji (Hédi) et sœur du Bey régnant Ahmed II, qu'il épousa à la demande de celui-ci). (Il décède à Hammam-Lif le 22 février 1961 ; inhumé au cimetière du Jellaz).


                 M. Lasram jouant au piano ; au-dessus de lui le portrait de son père Ahmed peint par Hédi Khayachi

                                             


 

  

Mohamed Lasram (1875-1960) avait obtenu le diplôme du tatwî' à la Grande Mosquée.  Il exerça  la fonction de notaire puis de secrétaire à l'administration de la Zitouna. (Selon les témoignages du journaliste et homme de théâtre Hédi Labidi et du chroniqueur Abdelaziz Laroui, il fut "un mécène et mélomane averti  mais aussi un pianiste de talent").


                         


    Troupe chorale de la Rachidia (1936) ; au milieu assis Mustapha Sfar (président), à sa droite Cheïkh Md Lasram, Chafia Rochdi (actrice et chanteuse), Khémaïs Tarnane (compositeur et professeur à la Rachidia).

La Rachidia, de d. à g. : Otman Kaak, Béchir ben Belhassen Lasram, Cheikh Larbi Kabadi, X, Jalaleddine Naccache, Mahmoud El Bégi.


Cheikh Md Lasram entouré de musiciens au jardin de Kassar Saïd, là où il résida durant les dernières années de sa vie.  De droite à gauche : Simon (luth), Si Abderrahmane (flûte), Cheikh Md Lasram, Si Zahrouni (tambourin), Si Sadoq, Si Houssine (timbale).


 

Tabatière en bois de santal, au couvercle marqueté, réalisée par Md Lasram offerte à son cousin Belhassen Lasram.


 Belhassen ben Mohamed ben Ahmed Lasram (1881-1954) (mariée à Kalthoum Haddad) fut l'un des membres fondateurs de la Rachidia. Ce riche mécène apporta un soutien matériel à cette association et mit bénévolement à sa disposition un local, 36, rue du Pacha. A une époque où la musique se donnait habituellement à l'intérieur des maisons, son domicile (Place Romdhane Bey) devient un lieu d'accueil et de rencontre aux poètes, chanteurs et instrumentistes. On y organisait souvent des soirées musicales et des concerts privés.



Belhassen Lasram (vers 1935)

  Mohamed Lahbib ben M'hamed Lasram (1889 ?-1972) (Hammouda, dit Amîra, est son trisaïeul). (Sa mère, Fatma (décédée le 30 mai 1949) était la fille de Md Lahbib ben M'hamed ben Hamouda ben Mahmoud ben Hamouda (Amîra); ses parents sont donc cousins). (Marié en 1940 à Bolbol fille de M'hamed Ben Ghachem). Elève à la Zitouna, il obtint en 1919 le tatwî' (équivalent à la licence) et exerça, à partir de 1921, la fonction de notaire. Installé à la rue Sidi ben Arous, à côté du souk des Chaouachia, son cabinet avait acquis une certaine notoriété auprès des habitants de la Médina. Il obtint le tadrîs de 3è catégorie en 1935, puis de 2è catégorie en 1953 et dispensa au sein de la Grande Mosquée, durant le rectorat du Cheikh Md Aziz Djait, en tant qu'aide-enseignant et sous la supervision des Cheikhs inspecteurs, des cours en fiqh (pratiques cultuelles), en tawhîd (monothéismes) ainsi qu'en calcul et sciences naturelles. (39) Il a été mis à la retraite à compter du 1er octobre 1959, alors qu'il occupait la fonction d'enseignant à l'école zeitounienne Ibn Khaldoun, suite au transfert de l'enseignement de la Zeïtouna à cette école. C'est en 1927 qu'il effectua son premier pèlerinage à la Mecque en paquebot, puis, en 1954, son second pèlerinage par avion.

  Mohamed Lasram ben Hussein, né en 1894 à Tunis au n° 8 rue Mohsen, (m. 1965). (Epousa sa cousine germaine Hallouma, fille de Tahar ben Hamouda, puis Hasna fille de Tahar Bou Jemil). Elève de la Zitouna depuis 1325 / 1907, (il eut pour maîtres, notamment : Othman ben Mekki, Md Salah Ben Mrad, Md Sadok Naïfar, Al-Khadhir Husseïn, Ali Belkhodja, Md Annabi, Belhassan Najjar, Ibrahim Al-Marighni, Md Tahar Ben Achour...) Qayyim (responsable à la bibliothèque sadikienne (1929). Notaire. Professeur à la Zeïtouna et à son annexe youssefite (1935). Membre de l'Association des Enseignants zeïtouniens, créée en 1937 sous la présidence du Cheikh Ahmed Ayari, dont l'action (syndicaliste) a été de défendre les droits des professeurs zeïtouniens. (40)

          Cheikh Mohamed ben Hussein Lasram (photo Soler, Pavia frères, Tunis)

  


                    Cheikh Mohamed Lasram entouré de ses étudiants zeïtouniens,       rajab 1367 / juin 1948


  Registre du tâlib Mohamed ben Husseïn Lasram.

                         Appréciations du Recteur de la Mosquée Cheïkh Md Tahar Ben Achour,

                                    Joumâda 2, 1344 / décembre 1927 (dernière page, 89).



      Registre du tâlib Md ben Husseïn Lasram, Obtention

                                             du Tatwî', 28 dhûl-qi'da, 1335 / 15 septembre 1917, p. 85.

  

Mohamed Chedly ben Belhassen Lasram (1908-1968). (Mariage Safia Ben Achour (41 ); Chama Zaouche). Dirigeant de l’Espérance sportive de Tunis (fin des années 30). Jouant, en dilettante, du luth et du piano, il était surtout passionné par les jeux d'échecs. Il participa, au début des années 40, à la compétition qui a eu lieu en Tunisie entre 40 joueurs et le russe Alexandre Alekhine (champion du monde 1927-1935 et 1937-1946). Dans cette fameuse partie simultanée sur 40 échiquiers à l'aveugle, Alekhine avait infligé un échec et mat à 39 joueurs; seul, Chedly Lasram obtint une partie nulle.

                       


       Md Chedly Lasram (à gauche) jouant aux échecs avec quelques amis au Café de la Kasba. 


Mohamed ben Belhassen Lasram (1923-1981), (marié à Aziza, fille de Ezzeddine ben Md-Habib Pacha Bey), lauréat du diplôme de fin d'études secondaires du Collège Sadiki (1936), fonctionnaire à la Direction générale des finances, khalifa (fonctionnaire de l'administration régionale ; adjoint du Caïd (gouverneur)) (1950-1956) puis délégué du gouvernement (Hammam-Lif, Le Kef et Tunis (1957-1977)).

                      

 Mohamed  Béchir ben Belhassen Lasram (1912-2000), (marié à Dalenda, fille du Cheikh al-islâm hanifite Taïeb Bayram), agriculteur, membre de la section artistique à la Rachidya, il se chargea de la collecte de toutes sortes de biens matériels (mobilier de bureaux, denrées alimentaires, vêtements, articles de sport, bandes de films..) servant aux diverses associations qui ont été fondées par Cheïkh Md Salah Neïfar. Trésorier de l'association sportive "an-nach' ar-riyâdhî" (1930), des jardins d'enfants, de la Maison du nourrisson et de la section de scouts. Il dirigea quelque temps l'Ecole de la fille musulmane, rue Sarrajine créée en 1947.

                                         


Mohamed Béchir


  Mohamed Ali ben Belhassen Lasram (1919-2005), (marié à Ferida, fille du Cheikh al-Islâm malikite Md Aziz Djaït), Mudarris (enseignant à l'Université zeïtounienne), professeur d'histoire et de pensée islamique au Lycée du Pacha. Lors des élections législatives de 1989, il a été élu président de la liste indépendante de Tunis II, arborant la couleur violette. (42)

 

 Abdelaziz ben Md Chedly Lasram (1928-2017), entra à l'ENA en 1956 (promotion18-juin) et en sortit en 1958, en même temps que Michel Rocard et Jacques de Larosière qui firent ses camarades et avec lesquels il se lia d’amitié. Ministre de l'Economie nationale (1974),  il démissionna, en 1983, en raison de la suppression des subventions de la caisse de compensation de certains produits de première nécessité, notamment le pain, avec, à l'appui, un plan sur dix ans visant l'extinction définitive de cette caisse, ce qu'il considéra comme impopulaire et susceptible de porter un coup sérieux à la paix sociale. Il avait vu juste, puisque trois mois plus tard éclatèrent "les émeutes du pain". Pratiquant plusieurs activités sportives (chasse, pêche sous-marine, football), il prit la direction du Club africain (1964-66 et 1971-77). (43)

  

LeTemps - Finale de la Coupe 1973-74, CA-ESS

 

Mustapha ben Md al-Habib Lasram. Ingénieur agronome ENSA Toulouse. Diplômé de l'ORSTOM (biologie et amélioration des plantes arboriculture fruitière.


Zoubeir ben Mahmoud ben Tahar Lasram (né en 1947).  Artiste peintre et professeur d'histoire de l'art à l'Ecole des Beaux Arts de Tunis. Auteur de plusieurs ouvrages et d'articles sur des peintres tunisiens (H. Turki, Z. Turki,  R. El Kamel, H. Soufi. Auteur du texte du film sur A. Gorgi, réalisation Hmida Ben Ammar, Tunis 2002. Directeur du festival de la Médina de Tunis à partir de 2015.


 Sayfallah ben Mahmoud ben Tahar Lasram. Directeur de l'Office National du Tourisme. Maire de la Ville de Tunis (8 avril 2011-3 juillet 2018), Président de la délégation spéciale de la Municipalité de Tunis.


Haythem fils de Mohamed ben M'hamad Lasram et de Emna Bahri, Vétéran de la radio et la télévision tunisiennes. Depuis février 2011, Directeur de Radio Tunis, chargé de la formation et de la coopération Internationale (RTCI). 


 Abdelaziz ben Tahar ben M'hamed Lasram, Formé à l'Institut National agronomique de Tunis (Ingénieur spécialiste en Océanologie biologique) (1984-1989). Il obtient un DEA dans cette spécialité à l'Université de Bretagne occidentale (1986). Responsable du développement commercial "Afrique du Nord OTV", Responsable commercial export chez "VA Tecch Wabag" (2004-2005), Chef de service protection du milieu marin chez "Agence Nationale de protection de l'environnement, Tunisie", traitement des eaux (1989-1991).


Anas ben Salaheddine ben Mohamed Ali Lasram, né le 27/02/1985, a obtenu en 2012 un doctorat à l'Université de Lorraine, spécialisation "informatique graphique".  Au cours de ses études supérieures, il a exploré le domaine du rendu photoréaliste et en temps réel et a publié des articles dans les plus prestigieuses revues et conférences scientifiques de l'informatique graphique telles que "SIGGRAPH", "SIGGRAPH Asia", "Eurographics" ou "High Performance Graphics".Entre 2013 et 2018, il a travaillé comme ingénieur chez "Advanced Micro devices" en développant des modèles d'architecture, des outils de performance et des pilotes pour les processeurs graphiques "AMD Radeon". Ces processeurs incluent les processeurs graphiques "Radeon Tahiti", "Fiji", "Vega" et "Navi" ainsi que les processeurs graphiques utilisés dans les consoles de jeux vidéo "Sony Playstation 4","Sony Playstation 5", "Microsoft Xbox One" et "Xbox série X". Chez "Advanced Micro Devices", il a également aidé plusieurs développeurs de jeux à intégrer les dernières technologies graphiques et les optimisations de processeurs graphiques dans leurs jeux.  Il a travaillé avec de nombreux développeurs dont "Activision", "Blizzard", "Bungie", "Microsoft Games" ou encore "Electronic Arts".Depuis 2018, Anas Lasram s'est intéressé  aux technologies de conduite des voitures autonomes.  Il a travaillé chez "Tesla" en 2018 et 2019 et a développé des logiciels de simulations pour la technologie "Autopilot" utilisée dans les voitures "Tesla".  Après "Tesla", il a rejoint la filiale d'"Amazon Zoox" et a travaillé sur des simulations avancées pour un service de taxi robot entièrement autonome.  Un tel service devrait se commercialiser dans les années à venir.

     Khédija Lasram, épouse du Docteur Abdessalem Kammoun (professeur de radiologie) et fille du Cheïkh Mohamed Habib Lasram. Agrégée en lettres arabes et férue d'art et de littérature, elle dirigea à partir de 1987 et durant une trentaine d'années le Club Tahar Haddad (annexe de Dar Lasram, rue du Tribunal, lieu même de sa naissance). Jouant du luth, elle hérita sa passion de la musique de sa mère qui jouait  elle-même du piano. Elle fit partie, depuis 1994, du jury du prix Zoubeïda Bchir, dédié aux écrivaines tunisiennes. Elle fonda, à Soukra, le "Centre Zmorda", un espace agréable destiné au sport, aux loisirs et à la relaxation, ayant surtout une vocation culturelle (expositions d’œuvres d'art, conférences, art culinaire)). (Cf. Zohra Abid, "Khedija Kammoun : L'art de partager", WWW. tunisia-today.com>archives, actualités de la Tunisie).

 


      En sa qualité de Vice-Présidente du Maire de Tunis chargée des relations internationales, Khédija Lasram Kammoun, représentant la ville de Tunis, a été déléguée par Monsieur le Maire, Abbas Mohsen, pour participer à un  grand congrès ("Les villes classées patrimoine mondial"). Le Président Jacques Chirac a invité les participants à un déjeuner à l'Elysée.

 

 Souad Lasram (1930-2020), fille de Md Chedli et Safia Ben Achour et sœur cadette d’Abdelaziz Lasram. Elle adhéra à l'UNFT dans les années 60 et fit partie de la première délégation féminine tunisienne aux Nations Unies avec Radhia Haddad. Elle s'occupa, au Ministère de l'Information, des Relations publiques (accompagnements de journalistes et de personnalités en visite en Tunisie). Elle participa, dans les années 70, à l'émission radiophonique animée par Donia (Neïla Ben Ammar) intitulée "Hissat  al-Mar'a" (le Magazine de la femme) et écrivit une rubrique dans le journal "Amel (Jouhayna) de 1977 à 1981. Passionnée de musique, elle anima ses soirées familiales en jouant du luth.

  

    Notes et Références

 

1.  Cf. Ibn abi-Dhiaf, " Ithâf" (Présent des hommes de notre temps. Chroniques des rois de Tunis et du pacte fondamental), Maison Tunisienne de l'Edition, Tunis, 1966, VII, p. 51. / Dans certains actes (de partage, de propriétés, de mariage ou de décès, notariés ou sous-seing privé, le nom de famille Lasram est quelquefois suivi du qualificatif al-ansârî al-khazrajî (attribué aux ansâr, partisans du Prophète, issus des deux tribus médinoises, les Aws et les Khazraj, dont l'ancêtre commun est Qahtân, roi du Yemen). / Ahmed ben Mohamed al-Habîb Lasram débute l'un de ses poèmes panégyriques, adressé à Ali Bey II, par ces quelques vers glorifiant ses propres origines (traduction un peu forcée) : "Nous, les Yéménites, sommes haut placés. Notre maison est réputée et Qahtân est notre ancêtre (...) Nous sommes les premiers à avoir accordé assistance au Meilleur des hommes et nous l'avons protégé, Lors même que les tribus mekkoises  (les 'Adnâne) l'ont livré à l'ennemi. Les Aws et les Khazraj, ces seigneurs et nos parents, Se révèlent les jours d'épreuves ingénieux et vaillants batailleurs..." ; Cf. Md Baïram IV, "al-Jawâhir as-saniyya" (poètes de Tunisie), éd. al-maktaba al-'atîqa, 1973, pp. 258-2261.

 

2.    En l'an 144 / 762,  Mohamed al-Ach'ath al-Kuzâ'i, premier gouverneur de Kairouan, entreprit la construction de remparts afin de mieux fortifier la ville. Ces remparts étaient à cette époque munis de six portes : Bâb Abi Rabi', Bâb Abdallah, Bâb Nâfi', Bâb Tûnis, Bâb Salm et Bâb Asram. Cette dernière porte, située au sud-ouest de Kairouan, servait autrefois de passage vers le chemin menant à la ville princière de Raqqâda (IXè s.). Ayant subi, au cours du temps, plusieurs transformations, les murailles actuelles remontent aux travaux ordonnés par les souverains husseïnites, réalisés entre 1706 et 1772.

 

3.    Le noyau central de la ville de Kairouan, situé intra-muros, comprend "Houmet al-achrâf" (quartier où résident encore de nos jours quelques familles descendantes des fondateurs de la ville sainte qui participèrent à la conquête de l'Ifriqya au VIIè siècle), ainsi que "Houmet al-Bey" (du nom de Hussein Bey, qui fonda au XVIIIè siècle, lors de sa réclusion dans la ville de Kairouan, une Casba et y fit son lieu de résidence). Après l'Indépendance, ces deux quartiers prirent le nom commun de "Houmet al-ansâr". C'est à proximité de la Mosquée du Bey et jouxtant Dar Laouani que se trouve l'ancienne maison des Lasram. Mohamed ben Ahmed Lasram se chargea, à la fin du XIXè siècle, de sa vente. 

 

4.     Durant la répression pachiste qui s'est abattue sur la ville de Kairouan, d'autres familles se sont alliées au parti légitimiste, comme les Mrabit, les Chahed, les Djellouli. Elles allaient occuper par la suite, sous le règne des Husseïnites, des charges importantes. 

 

5.     Pour plus d'informations concernant la famille Lasram : cf. Carl Brown, « The Tunisia of Ahmed Bey », Princeton University Press, 1975, pp.79-82 ;  Mohamed El Aziz Ben Achour, « Catégories de la société tunisoise dans la deuxième moitié du XIXème siècle », Institut national d'archéologie et d'art, Tunis, 1989, pp. 176-178 ; Sophie Ferchiou [sous la dir. de]nasab : parenté, , « Hasab wa alliance et patrimoine en Tunisie », éd. CNRS, Paris, 1992, pp. 124-125 ; Taoufik Bachrouch, "Mawsû'at madînat tûnis" (Encyclopédie de la Médina de Tunis), Centre d'études et de recherches économiques et de sociales, série historique n°8, 1999, p.58-59; Mustapha Lasram, "Histoire de la famille Lasram et de Dar Lasram (rue du Tribunal)", (éléments collectés et compilés par Mustapha ben Cheikh Md Habib Lasram, décembre 2015). / L'arbre généalogique qui fut établi, au début du siècle dernier, par mon grand-père, Belhassen Lasram, avait été complété, en août 1970, par mon oncle Md Béchir (1912-2000) et par moi-même. Adoptant une représentation sous forme de diagramme circulaire (dite de cujus), la généalogie ascendante est placée à la racine de l'arbre. La personne souche, Md al-Habîb ben hâj Alî ben Omar (né à Kairouan v. 1680), étant au milieu, les descendants, répartis sur neuf générations, sont placés tout autour. (Le plus jeune parmi tous les membres qui figurent dans ce document, Salîm ben Mustapha Lasram, est né le 11 septembre 1970). Si nous avions réalisé ce document manuellement, le regretté Sadok ben Mhamed Lasram (1918-2005) l'avait repris, en 1998, en ayant le mérite d'avoir utilisé l'outil informatique qui lui avait permis une présentation plus conforme et plus complète. Actuellement, Mustapha Lasram prit pour tâche de poursuivre le travail réalisé par son oncle Sadok, en y rajoutant les nouvelles générations. 


   6.  Mustapha Lasram (archives), sur académie-agriculture.fr (consulté le 23 décembre 2015) 

 

  7.   Cf. Mohamed Boudhina, "Dîwân al-mâlûf" (Recueil du malouf), Cérès Productions, 1992. (L'auteur commet une confusion de noms (p. 19) : il s'agit bien de Ahmad Lasram, connu en tant qu' homme de lettres et épris de musique, plutôt que de son frère "Mohamed").

 

 8.  Mohamed Seghir ben Youssef, "Chronique tunisienne", op. cit. , pp. 403, 404, 420 , 421. 


 9.  La milice des Zwâwa était composée de soldats berbères, recrutés en Kabylie et ayant souscrits un engagement volontaire. Ce corps militaire, réputé pour son courage, était chargé d' accomplir les tâches inhérentes aux forces armées. Cf. Mongi Smida, " Les Zouaoua, une colonie kabyle enTunisie au 19è s." , éd. Tunis Carthage, sd. ; Chadly Ben Abdallah, Connaissez-vous les Zouaoua ?, "La Presse de Tunisie", 23 octobre 1995, p. 2.


10. A propos de Md Lahbib Lasram, cf. Md Senoussi, "Musâmarât ad-dharîf", Dâr al-Gharb al-islâmî, 1994, vol. 4, p. 36 - Md Bayram IV, "At-tarâjim al-muhimma lil-khutabâi wal aimmah", Sotapa Graphic, Tunis, 2003, p. 18.


11. Au cimetière du Djellaz, trois tourba ont été consacrées à chacune des trois branches de la famille Lasram. La plus ancienne réunissait les tombes de Ahmad, de ses fils et petits-fils, ainsi que de son frère Mohamed Ier. Abandonnée depuis longtemps et livrée au pillage, son enceinte a été détruite et il n'en reste aujourd'hui aucune trace. Située à quelques dizaines de maîtres de celle-ci, la seconde tourba avoisine la Cobba de Lella Kébira Mamia (d. 1747, épouse de Ali Pacha) et se trouve tout près du mausolée de Sidi Belhassen. Surmontée de trois voûtes croisées, elle contient les tombes de Mohamed III et de ses descendants. La troisième tourba est celle de Mahmoud Bâch Kâtib et de ses descendants, située à peu de distance de la porte d'entrée du cimetière, chemin Belhouane. Sur les pierres commémoratives des tombeaux en marbre ciselé, sont gravés des poèmes panégyriques ou élégiaques qui peuvent contenir des renseignements utiles sur certaines personnes disparues ; j'ai dû moi-même, guidé par un sentiment conservateur, recopier patiemment le texte des inscriptions existantes. Cependant, au cours des années 80, des bandes de jeunes forcenés, emportés par le courant impétueux du fanatisme, se voulaient être les défenseurs d'un islam rigoriste et intransigeant. Considérant l'édification et  surtout l'embellissement des pierres tombales comme un sacrilège, ils commirent impunément des actes de barbarisme et de profanation, en saccageant un certain nombre de ces tombes. (Cf. Général Bel Khodja, Cobbet Mamia, in "La Revue Tunisienne", 1919, pp. 163-173)

 


  Mausolée de Sidi Belhassen Echadhulî surmontant la colline du Djellâz. (Le lac de Tunis est en arrière-plan.) La tourba de la famille Lasram est placée à droite du Mausolée. Pus bas, la tombe de Sidi Madhi ben Soltâne, adepte de Sidi Belhassen. (gravure,vers 1846).

 

.12. Le Dar Lasram a été occupé par les descendants de Hammouda jusqu'en 1967. Mis en vente, il entra dans le domaine communal et fut affecté, sous l'impulsion du maire de Tunis, Hassib Beb Ammar, à l'Association de la Sauvegarde de la Médina qui procéda à son réaménagement. En 1974, le rez-de-chaussée, qui servait de Makhzen, fut aménagé en espace d'animation culturelle (Club Tahar Haddad) abritant des expositions de peintures, des tables-rondes, des représentations théâtrales et musicales et une bibliothèque. Cf. Jacques Revault, "Palais et demeures de Tunis (XVIIIè-XIXè siècles", éditions du CNRS, 1983, p. 350-352 ; Jamila Binous, "Maisons de la Médina, Tunis", Dar Ashraf éditions, (Dar Lasram, pp.114-124, Club Tahar Haddad, pp. 125-127) ; Mustapha Lasram, op. cit., pp. 17-24 ;  Md Khaled Hizem, Dar Lasram, un fleuron de la médina de Tunis, "La Presse Magazine", 28/08/2016) ; "Dar Lasram, un palais restauré", in Architecture méditerranéenne, Revue internationale d'Architecture, Tunisie, 1997, pp. 12-15.                                          

13. A propos de l'envoi de la "sourra" (bourse) prélevée sur les propriétés habous et envoyée annuellement aux populations des deux villes saintes, cf. Tlili Ajili, "Les biens habous des deux villes saintes en Tunisie (1731-1881)", éd. Brill, Pays-Bas, 1998.

 

14. Dans son livre "Musique et Société en Tunisie", Mustapha Chelbi rapporte que Ahmed Bey fit appel à des professeurs italiens, notamment à Giuseppe Verdi qui, précise-t-il,  "collabore avec Cheykh Lasram pour composer des marches militaires" (éditions Salommbô, 1985, p. 40). Or l'historien Othman Kaak, cité par Salah Mehdi, n'a nullement  évoqué le nom du Cheïkh Lasram, en affirmant que la musique de l'hymne national : Salâm al-Bey (Salut beylical), chanté à partir de 1846 à la gloire du souverain, avait été composée par Verdi. Cependant, le maestro Salah Mehdi semble même contester la participation de Verdi ; selon lui,  en toute logique, le compositeur en question doit plutôt être un Tunisien, puisque l'hymne suit une gamme typiquement tunisienne. Dans ce cas, on est en droit de se demander qui pourrait-être ce compositeur ? Cf. Mohamed Khemakhem, "La musique tunisienne traditionnelle", thèse universitaire, Sorbonne, 1976, pp. 20, 24. Mon oncle Bechir Lasram opte pour un autre avis: d'après lui, ce serait Giuseppe Donizetti (1778-1856), (frère aîné du compositeur italien Caetano Doniretti) qui était lui-même instructeur général de la musique d'harmonie impériale à la cour du sultan Mahmoud II qui aurait composé le premier hymne national tunisien offert au Bey Ahmed 1er ? 


15. Cf. Jean Gagniage, "Les origines du protectorat en Tunisie (1861-1881)", MTE, 1959, (La toute puissance  de Mustapha Khaznadar), pp. 78-87

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16. Dans un climat de tension entre personnages proches de la cour, il y avait une certaine animosité non seulement entre le Khaznadar et le Bâch Kâtib, mais aussi entre ce dernier et Ibn abi-Dhiaf. La fameuse qacîda sînia (poème dont la rime se termine en s), qu'avait si éloquemment déclamée Mohamed Bâch Kâtib en présence d'Ahmed Bey et de ses ministres, et dans laquelle il dénonça les "conspirations" (makâid) fomentées par Mustapha Khaznadar et Ahmad Ibn abi-Dhiaf, ne semble point avoir eu le moindre effet escompté. (A propos de cette qacîda, cf. Mohamed Senoussi, "Majma' ad-dawâwîn at-tounisiyya" (Receuil des diwân tunisiens), (l'auteur avait réuni dans ce volumineux ouvrage des biographies et des vers de plus de quatre-vingt poètes tunisiens ayant vécu sous la dynastie husséïnite), manuscrit conservé à la B. N. de Tunis (n° 1666422, 188-177); cf.  Mohamed an-Naïfar, "'Unwân al-Arîb", imprimerie tunisienne, 1932, t. 2, pp. 115-117). / Si le Bâch Kâtib avait exprimé ses ressentiments aussi bien envers le Khaznadar qu'envers Ibn abi-Dhiaf, c'est que ce dernier était le protégé du puissant ministre. On ne trouve d'ailleurs nullement, dans la Chronique d'Ibn abi-Dhiaf la moindre allusion sur toutes les malversations qui ont été commises par le Khaznadar. Cependant, au lendemain de la révolte de Ben Ghedhahem (1864), les relations entre Ben Dhiaf et le Vizir se détériorèrent. D'après M. Kraïm, "..ce refroidissement dans les rapports entre ces deux hommes d'état s'expliquait fondamentalement par le parti pris politique des deux ministres. Le chroniqueur demeura fidèle au maintien du Pacte Fondamental. Le Khaznadar au contraire, après avoir établi sa totale domination sur le bey, provoqua la suppression de l'expérience constitutionnelle.", Mustapha Kraïm, " La Tunisie précoloniale", STD, 1973, t. 1, p. 364.


17.  Cf. "Ensemble de lettres rédigées par Ibn-Abi Dhiaf", réunies par Md Salah Mzali, Maison Tunisienne d'Edition, 1969

 

18. Parmi les familles "makhzen" qui ont occupé depuis des générations des fonctions dans la chancellerie beylicale, les Bou Attour.  Cf. Md an-Naïfar, op. cit., t. 2, p. 181. ;  Mhamed Ibn al-Khodja, "Safahât min tarikh Tunis" (Pages choisies de l'histoire de Tunisie), Dar al-Gharb al-Islami, Beyrouth, 1986, (biographie du Cheïkh Md al-Aziz Bou Attour), p. 428.

 

19. Cf. Ibn abi-Dhiaf, op. cit., VIII, p 116.

 

20. Féru de poésie et de musique, Mohamed IV avait aménagé dans sa  résidence de Sidi Bou Saïd une dépendance baptisée " Dar al-awâda" (au sens littéral : Maison des luthistes) pour y recevoir ses invités. "Bien connus pour leur talent de musiciens, note J. Revault, les Lasram aimaient y organiser, aussi bien qu'à Tunis, rue du Pacha, des réunions musicales groupant familiers et amis."; Jacques Revault, "Palais et maisons de plaisance à Tunis et dans ses environs", Cérès Productions Edisud, 1984, p. 60 ;  Achraf Azzouz et David Massey, "Maisons de Sidi Bou Saïd", Dar Ashraf éditions, 1992, p. 58-67.

  


La tour (kochk, jawsaq) de Dar Lasram à Sidi Bou Saïd

 

21. Cf. M.A. Ben Achour, op. cit., pp. 267-268: il s'agit d'un document contenant la liste des propriétés laissées par le Bach Kateb Md Lasram après sa mort. Ce document appartenait au Cheikh Mohamed Farah qui l'avait reçu de son gendre Mohamed ben Hussein Lasram (1894-1963). (Celui-ci lui a légué de son vivant une riche bibliothèque contenant notamment de beaux manuscrits ainsi qu'un ensemble de documents anciens). 

 

22. Dans un rapport inédit, daté du 19 mai 1872, intitulé : "Causes du désordre financier : le Khaznadar et autres", François Villet, Vice-président de la Commission financière du Gouvernement tunisien, note à propos des malversations commises par le Premier Ministre Mustapha Khaznadar : "Lorsqu'une personne riche mourait, sidi Mustapha mettait toute son œuvre pour entrer en partage avec les héritiers, s'il y en avait, et en s'attribuant la plus grosse part; s'il n'y avait pas d'héritier, il devenait souvent l'unique possesseur de tous les biens du défunt. C'est là un genre d'exaction si étrange que l'on y croirait difficilement si des faits propres n'étaient pas cités..." (L'auteur présente par la suite quelques-uns de ces faits : entre autre, l'héritage de haj Hassan Snan, les propriétés laissées par Umar Bey, par haj Hassen Sakisly ou par ben Azzouz, caïd de Drid, la fortune de Hmida Chebali). "Le ministre, poursuit-il, s'empara d'une quantité considérable de pierres précieuses faisant partie des biens du Shaykh Bâch Kâtib al-Asram;  il est vrai qu'il couvrit cette spoliation par une espèce de consentement arraché sans peine au fils du défunt qui était presque aliéné. Peu de temps après s'être arrangé de manière à faire entrer ce fils d'al-Asram dans les fermes de l'état, le conduisit rapidement à une ruine complète et par des moyens qui firent tomber entre ses mains une nouvelle et forte partie d'une fortune qui a été l'une des plus considérables de Tunisie. Le malheureux al-Asram fut forcé de se réfugier dans la zaouia ("asile") de Sidi Abû Sa'îd al-bâgî." Cité par Ali Chenoufi : "Le Ministre Khéreddine et ses contemporains  - XIXè siècle", Fondation Nationale, Carthage, Beït Al-Hikma, 1990, p. 75.

 

23. Cf. Mohamed Senoussi, "Khoulâsat an-Nâzila at-Tounisiyya" (Précis sur la Question tunisienne), analysé et annoté par Md Sadok Bessaïs, MTE, 1976. /  L' "Affaire des eaux" de 1885 fut la première manifestation des habitants de Tunis contre le régime du Protectorat français. Le mercredi 6 mai 1885, un cortège de 3000 Tunisiens environ, conduits par des notables, se sont rendus auprès d'Ali Bey III à La Marsa afin de lui remettre leurs doléances. Les manifestants ont rédigé une pétition à l'attention du Bey qu'ils confièrent au Grand Vizir Md Laziz Bou Attour. (Parmi les signataires de ces requêtes, on retient les noms de Mohamed Lasram (petit-fils du Bach Katib), ainsi que Omar Lasram (dit Amira ben Mahmoud ben Hamouda) et son frère Hamouda ben Mahmoud).

 

24.  Ce palais a été édifié vers 1690 par Romdhane Bey (Bey de Tunis de 1696 à 1699). Plus tard Ali Pacha s'y installa ; il le quitta furtivement au moment de sa fuite au Djebel Oueslet (1726). Mustapha Bey l'offrit à son ministre Mustapha Agha. Comprenant plusieurs dépendances il fut habité vers la fin du XIXè s. successivement par les familles Kaddour, Riahi et, à partir de 1936, par la famille Jouini. La partie centrale du palais a été acquise, vers 1880, par Mohamed ben Ahmed Lasram. Son fils Belhassen y avait entrepris, de 1925 à 1930, de grands travaux de restauration, en installant une grille de protection au-dessus du patio et de nouveaux revêtements de marbre. "L'ancienne ornementation des murs et des plafonds jugée démodée a été complètement rénovée". La salle d'apparat de l'étage "a été l'objet de soins particuliers. Les artisans auxquels  a été confiée la décoration se sont efforcés visiblement d'imiter le style d'inspiration italienne". Les anciens panneaux de faïence qui lambrissaient les murs des appartements ont été récupérés, et ornent jusqu'à ce jour la façade du Palais de Justice. Jacques Revault, "Palais et demeures de Tunis ( XVIè et XVIIè siècles)", Editions du CNRS, 1980, p. 244-257. Cf. Leïla Ammar, "Histoire de l'Architecture en Tunisie, de l'Antiquité à nos jours", édité à compte d'auteur, Tunis, 2005: le Dar Romdhane Bey à Tunis, 1696, rue Bir Al Hajar, pp. 185-186. (Le palais a été acquis  par l'Etat en 1962). / Dans le cadre du projet Dar al-Malouf, l'Association "Aswar al-Médina" a mené, depuis le 13  janvier 2017, une campagne appelée "Tous pour la Rachidia". Le Dar Lasram, rue Bir Lahjar, (dont la cour intérieure est actuellement en cours de remise en bon état) a donc été choisi en tant que deuxième local de la Rachidia (le premier étant celui de Dar Daoulatli). Ce deuxième local est destiné à abriter une bibliothèque digitale et un ensemble important de documents d'archives, soigneusement triés, se référant à la musique andalou-tunisienne. Une salle  sera réservée à une exposition permanente de vieux instruments de musique traditionnelle. 


     

Rue Bir LahJar   


25. La solide amitié qu'entretenait Mhamed Lasram avec Paul Bourde, ancien patron de la direction des forêts, lui permit de nouer, par son intermédiaire, des liens avec René Millet, Résident Général de France en Tunisie. M'd Lasram parvint en effet  à  convaincre ce dernier de l'utilité que pouvait amener la création de la Khaldounia, en obtenant son accord et son soutien. (Cf. Md Fadhel Ben Achour, "Tarâgim al-A'lâm" (le président Mhamed Lasram), MTE, Tunis, 1970, pp. 235-246). Notons au passage que René Millet, qualifié par certains de "Résident humaniste", dût, au cours de son mandat (1894-1900), affronter l'hostilité des gros colons qui lui reprochaient son "arabophilie" et "sa politique trop favorable aux Tunisiens". Il réalisa d'ailleurs de grands projets en dotant le pays d'importantes infrastructures, notamment, sous l'impulsion de sa femme, la création de la première école de jeunes filles musulmanes : l'Ecole Louis-Renée Millet (rue du Pacha). 

 

26. Victor Serres et M'd Lasram ont notamment traduit en commun  deux ouvrages importants: le premier, celui de Mohamed Seghir ben Youssef : (Machra' Malki) "Chronique tunisienne (1705-1771) pour servir à l'histoire des quatre premiers Beys de la famille husseïnite", paru de 1896 à 1900 dans la Revue Tunisienne, sous le titre "Soixante ans d'histoire de la Tunisie" ; édité en un seul volume en 1900  (réédité en 1978 par Bouslama. Le texte original en arabe a été imprimé en partie : 1er volume (1998),  3è volume (2009)), le second ouvrage est celui de Mohamed ben Othman Hachaïchi : "Voyage au pays des Senoussia à travers la Tripolitaine et les pays touareg", Augustin Challamell Editeur, Paris, 1903.

 

27. Le terme "indigène", note Ch-A. Julien : "Les Jeunes Tunisiens l'emploient constamment sans se soucier du sens péjoratif que lui donnent les colons.", Charles-André Julien, "Colons français et Jeunes Tunisiens", Revue française d'histoire d'outre-mer, 1967, vol. 54, n° 194, p. 84.

 

28. "Les commentaires du journal "Le Temps" (un des principaux quotidiens français de l'époque), au sujet du discours de Béchir Sfar, incitèrent les organisateurs du Congrès des Colonies à inviter Si Mohamed Lasram, directeur de la Ghaba, professeur à la Khaldounia et ami de Abdelaziz Thaalbi, à prendre part aux travaux du Congrès et à y exposer les questions tunisiennes (...) Il présenta au nom des Jeunes Tunisiens, dont il était l'un des membres les plus en vue, quatorze rapports couvrant de nombreux domaines (enseignement, habous, assistance publique, etc...)". Roger Casemajor, L'action nationaliste en Tunisie, Sud Editions, Tunis, 2009, p. 49.

 

29. Cf. Noureddine Sraieb, L'idéologie de l'école en Tunisie coloniale (1881-1945), in "Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée", 1993, 68-69, (Le congrès colonial de Paris, 1908) pp. 245-246.

 

30. Les rapports exposés par Mhamed Lasram, lors du Congrès de Marseille, ont été publiés en brochure et préfacés par René Millet, ancien Résident Général à Tunis qui, à ce propos, déclara : "C'est la première fois, je crois, que, dans un document officiel, on admet un Musulman, non seulement à exposer ses idées, mais à critiquer celles des autres. L'usage que M. Lasram a fait de cette liberté est, par lui-même, un éloquent plaidoyer en faveur de sa race et de sa religion. Il est impossible d'apporter plus de mesure, de bon sens et de raison dans l'exposé de griefs plus légitimes. Il semble qu'un voile se déchire pour nous montrer les dessous d'une société dont nous n'apercevions que la surface...". Cf. Questions tunisiennes : Communications présentées au Congrès Colonial de Marseille (5-9 sept. 1906), extrait du compte rendu officiel du Congrès, Ed. Challamel, Paris 1907 ; Chedly Khairallah, "Essai d'histoire et de synthèse des mouvements nationalistes tunisiens, Le Mouvement Jeune Tunisien", établissement Bonici, Tunis, sd, pp. 75-76.

 

31. Cf. Ahmed Abdessalam, "Sadiki et les Sadikiens", Cérès Productions, Tunis, 1975, pp. 89-97. En raison de sa vocation pro-nationaliste, l'activité de l'Association des anciens de Sadiki a été suspendue par le gouvernement du Protectorat (décret du 13 novembre 1911), cf. Mahmoud Chammam, "Les Clubs littéraires en Tunisie", Imprimerie Publici.T, Tunis, sd. p. 32. 

 

32. www.bourguiba.com. Cf. André Pautard, "Bourguiba", éditions Média, Paris, 1977, p. 57: "Mohamed Lasram, qui portait à la belle langue classique cet amour passionné qu'il sut faire partager à ses élèves,...". Cf. Ahmed Chabchoub, "Bourguiba et Moi", Al Manhal, 2O14, p. 13: "Il ne manquait pas non plus d'éloge pour ses professeurs tunisiens qui l'ont initié à la littérature arabe, notamment le cheikh Mohamed Lasram..."

 

33. Sadok Zmerli, "Figures tunisiennes : les successeurs", MTE, 1967, (M'Hamed Lasram, homme de lettres et érudit), pp. 87-98.

 

34. Durant son voyage en Tunisie, la célèbre cantatrice égyptienne, Mounira al-Mahdia (nommée la Sultane du tarab), anima des concerts chez quelques princes et notables. Invitée à Dar Lasram, rue Bir Lahjar, elle chanta, accompagnée par son orchestre, des chansons de son répertoire, dont l'une des plus en vogue: "Asmar malak rouhi" (sur une musique du compositeur Md Ali Lo'ba). Elle apprécia en cette soirée les morceaux de musique traditionnelle interprétés au piano par Mohamed Lasram qu'elle trouvait en parfait accord avec l'aspect physique de celui-ci et son allure distinctive, engoncé qu'il était dans son ample jebba et coiffé d'un turban. (Mon oncle Béchir et bien d'autres témoins, dont Tahar Melligi et Salah Mehdi, évoquèrent cette soirée).

 

 35. Cf. Fethi Zghonda, "Chadharât" (Extraits de ce qui a été dit au sujet de la musique (articles rédigés et reproduits par Cheïkh Mohamed Lasram), Maison arabe du livre, 2001.

 

36. La Maison de la radio tunisienne, fondée en 1938, dispose de milliers de documents sonores et audiovisuels (bandes, microfilms, cassettes, disques électro-phoniques) sur des programmes très variés (causeries, entretiens, reportages, chansons anciennes …). Cependant, d’énormes abus sont constatés dans la gestion de ces documents, surtout au niveau des modalités de leur conservation. Ils se trouvent en effet amassés pêle-mêle, dispersés dans des locaux abandonnés, exposés aux effets néfastes de l’humidité, au risque de leur perte et de leur pillage. Il est aujourd’hui urgent de protéger et de conserver nos archives radiophoniques en les numérisant, en les éditant et en les diffusant, parce qu’ils constituent un riche patrimoine de notre mémoire nationale. / M. Tahar Melligi (auteur du livre "Les immortels de la chanson tunisienne", Media Com, 2000), m'a confirmé que bien des documents conservés à la phonotèque de la radio tunisienne se sont depuis longtemps "volatilisés". Il n'a pu d'ailleurs retrouver les boites contenant les enregistrements sur piano du Cheikh Md Lasram qui pourtant étaient régulièrement diffusés par la radio de 1960 jusqu'au milieu des années 70. Néanmoins, le Centre des musiques arabes et Méditerranéennes (Ennejma Ezzahra) à Sidi Bou-Saïd conserve quelques rares enregistrements, dont le salut de l'hymne beylical et un "istikhbâr" interprétés au piano par M. Lasram; Cf.  

        مولقع واب الخزينة الوطنية "مركز االموسيقى العربية و المتوسطية ,   2020-10-7 ,  " 1935-193علي السياري "حول 

            .                                                                                                                                            تسجيلات الرشيدية


37. Tekka : baguette en bois, ivoire, ambre ou argent, qu'utilisaient les femmes, servant à faire glisser le cordon de ceinture dans les passants du pantalon.

 

38. Fatma Messaoudi a eu pour second époux Slim Dziri (gendre d’Ahmed Bey II, ministre plénipotentiaire et général de division). Son troisième mariage, qui n’a duré que quelques mois, fut avec Ahmed Ben Dhiaf, (petit-fils du chroniqueur). Enfin, elle contracta un quatrième mariage avec un certain Khaznadar. Elle est décédée vers 1970 à La Marsa où elle résidait).

 

39. Cf. Mohamed Bouzghiba, "L'Eminent Cheikh Md Aziz Djaït, sa vie, ses réformes, son oeuvre", Mediterranean Publisher, Tunis Beyrouth, 2010, p. 137 (en arabe).  / Quelques informations, concernant le Cheikh Md Lahbib, m'ont été fournies par son fils Si Mustapha Lasram qui prépare un texte biographique sur son père, s'appuyant sur des documents et correspondances dont il dispose.

 

40. Idem, pp. 115-116. 


41. Voir à propos du mariage de Chedli Lasram et de Safia Ben Achour : Haydée Tamzali' "Images retrouvées". MTE, 1992 : La demande en mariage (61-63), Les fiançailles (65-70), Un grand mariage en 1927 (71-81).

 

42. Les élections législatives, organisées le 2 avril 1989, ont été les premières élections plurielles en Tunisie. Cheïkh Mohamed Lakhoua et Cheïkh Md Ali Lasram étaient respectivement en tête de liste des circonscriptions de Tunis I et de Tunis II. Les résultats des scrutins ont été fortement contestés par certains partis de l'opposition. Cf. Entretien avec Ahmed Manaï (auteur du "Supplice Tunisien : le jardin secret du Général Ben Ali", éd. La Découverte, Paris 1995) : "Les élections de 1989 ont été la plus grande tromperie électorale de notre histoire", Interview réalisée par Slim Bagga, L'Audace", Paris, 5 avril 1999.

  

43. Khélil Chaïbi, "Les Gloires du Club Africain", édition Khélil Chaïbi, Tunis, 2009, p. 144. Cf. Les présidents du Club Africain,"Dialogue", n° 404, 31 mai 1982.



                                 Khaled Lasram    (Pages entamées en juin 2014, achevées le 16 février 2016).