jeudi 3 février 2022

 


  Deux tableaux illustrant un événement historique mémorable : « la mort du Général  Farhat » 

 

       « …Certains méritent d’être retenus et de faire l’objet d’une étude détaillée, tels, par exemple,…les incidents du Kef et la mort de l’Agha Si Fahat. »                                                                                                    

                                                                                                                                                                 M. Gondolphe





Une toile signée de la main de Yahia Turki m’a particulièrement interpellé. Elle représente un personnage vêtu de  son uniforme militaire : tunique noire maintenue par un ceinturon brodé de fils d’or, pantalon rouge et bottes de cuir, portant sur ses épaules un burnous blanc de la plus belle laine, son fusil à canon à la main et s’apprêtant à tirer. Derrière lui trois personnages debout dont l’un arborant un drapeau rouge à motif d’épée dorée. A leurs pieds, un cadavre de militaire (spahi) se trouve étendu sur terre. Un tronc d’olivier, surmonté par quelques branches touffues, se dresse au second plan. Des cohortes de personnages, enveloppés dans la blancheur de leurs amples vêtements, assaillent la scène de toute part et, au premier plan, quelques-uns gisent sur le sol. Une chaîne de montagne se profile à  l’horizon, coiffée par un ciel violacé annonçant la fin du jour.

Ce tableau illustre la fameuse scène de la mort du Général Farhat (dit Caïd Djebira), Gouverneur de la circonscription du Kef et des tribus Ouled Ounifa, au moment où, poursuivi et traqué par des troupes ennemies, il allait succomber à une salve de feu dirigée contre lui. Cet incident, survenu lors de l’insurrection de 1864 menée par Ali Ben Ghedhahem, a eu une certaine répercussion sur les événements de l’époque. Il a été signalé par maints historiens (1), notamment par Ibn Abi-Dhiaf qui, dans sa Chronique, relata la mort du Général Farhat en lui consacrant une notice  biographique (2).

Cette toile, de petites dimensions (65x45cm), diffère du style habituel que l’on connaît de Yahia Turki, caractérisé par une palette fraîche et lumineuse, l’emploi d’aplats et de traits souples et légers rendant de la meilleure manière l’éclat des paysages méditerranéens et des scènes populaires de la Tunisie. En revanche, cette œuvre qui retrace un sujet historique, est traitée dans une facture purement académique et une gamme de couleurs assez ternes. Elle se situe dans le sillage d’une peinture officielle attachée à la cour beylicale, une peinture d’apparat, qui s’est manifestée à partir de la première moitié du XIXème siècle et qui nous transmet des portraits de souverains ou des scènes glorifiant certains événements historiques  marquants.

Concernant l’œuvre qui nous intéresse, il s’agit vraisemblablement d’une commande que Yahia aurait reçue de la part de Mohamed Chedly, fils aîné du Général Farhat. (3) De nos jours, le tableau est en possession de Mohamed Raouf Farhat, petit-fils de Chedly.


                       




Il existe de même une autre toile qui reprend le même sujet et qui se trouve actuellement au Palais Hassine Farhat à Manouba (4). C’est aussi une commande de la part de Manoubi, fils cadet du Général Farhat, signée par Hatem El Mekki (5). Cette œuvre, traitée d’une manière   académique et conventionnelle, est bien différente du style « audacieux » et très particulier que l’on connaît  de cet artiste. Celui-ci se distingue par une œuvre assez singulière qui ne se situe pas non plus dans le même sillage que celle de son émule Yahia Turki et des artistes de l’Ecole de Tunis. A la  limite du concret et de l’abstrait, les peintures et  les dessins d’El Mekki, traités dans un esprit novateur, sont peuplés de personnages défigurés, d’objets insolites, de constructions tourmentées et de lignes tordues ou brisées.

   

   En comparant ces  deux œuvres qui comportent le même sujet, nous remarquons que chaque artiste avait mis sa part d’interprétation selon son propre tempérament et une manière de faire toute personnelle. Chez El Mekki, les formes sont traitées d’une manière plus nette, le traçage des traits est plus affirmé, le contraste chromatique plus soutenu. Chez Yahia Turki, la scène est chargée de plus de détails, les couleurs sont plus diluées et moins éclatantes, les formes moins accentuées  et les tonalités plus atténuées. 

   Ces deux toiles sont en effet des répliques d’un tableau initial et plus ancien qui a été réalisé vers le milieu du XIXème siècle par l’artiste français Auguste Moynier. Durant son séjour en Tunisie, celui-ci a illustré pour l’éternité et au moment même des faits l’incident mémorable et tragique de la mort du Général Farhat. Cette toile se trouvait auparavant au Palais de Kobbet Enhas, lieu de résidence de la famille Farhat à Manouba (6). A un  moment donné et à la demande du Bey régnant, elle a été transférée au Palais du Bardo, rejoignant la collection de tableaux qui ornaient la salle du trône (7). A la fin de la monarchie, elle aurait été placée à  l’entrée de la salle  plénière du parlement (8). Lors des rénovations qu’avait subies la chambre des députés au  cours des années 1960, elle fut déposée dans les réserves du palais de Kassar Saïd (9).

  Malgré d’amples recherches, je n’ai jamais pu découvrir la moindre trace de la toile originale peinte par Auguste Moynier. (10) Cependant, tout ce que l’on sait de Moynier, c’est qu’il passa quelques années au cours de la seconde moitié du XIXème siècle en Tunisie. Né à Paris en 1820 et mort dans la même ville en 1891, il fut l’élève de Delacroix avant de fréquenter l’atelier de Léon Cogniet. De 1839 à 1845, il expose au Salon parisien des portraits, des scènes historiques et surtout des paysages inspirés de la Vallée d’Oise. On connaît aussi de lui une dizaine de toiles qu’il réalisa entre 1857 et 1864 durant son bref séjour en Tunisie : notamment un portrait de Kheireddine (qui était en ce moment ministre de la Marine (environ 1857), également un Portrait en pied de Mohamed Sadik Bey devant le trône de la grande salle du Bardo posant la main sur la constitution tunisienne de 1861 et un  autre tableau représentant ce même souverain accompagné de son état-major à la m’halla dans le Sahel, en début de la révolte de 1864. (Parmi la suite du Bey, on reconnaît Ahmed Zarrouk, caïd du Sahel, Mustapha  Khaznadar, Grand Visir et Kheireddine, aide de camp du Bey).

  Moynier est notamment l’auteur de deux grandes toiles remarquables, peintes vers 1861 (déposées au Musée militaire national (Palais de la Rose à Manouba), l’une célébrant « Le retour du contingent tunisien de la Guerre de Crimée » composé de fantassins et de cavaliers et à leur tête le Général Osman débarquant sur la plage de la Marsa et défilant en présence du bey M’hammed, de ses ministres et des généraux de l’armée (août 1856) et l’autre toile représentant « La revue du contingent devant le palais de Dar al-Tej à la Marsa » en présence de M’hammed Bey et de sa suite composée notamment de Sadik Bey, héritier présomptif, de Giuseppe Raffo, de Mustapha Khaznadar et du Général Rachid (1856) (11).  Ces quelques œuvres de Moynier, à l’exception de celle relatant la mort du Général Farhat, font aujourd’hui partie de la collection du Musée husseinite de Kasr Said.

   Dans le cas où un heureux hasard nous ferait retrouver le tableau initial de Moynier , il serait en effet intéressant d'établir une comparaison entre les deux versions réalisées par Yahya et par El Mekki afin de dégager les particularités stylistiques propres à chacune de ces œuvres. On peut affirmer cependant que Moynier a eu le mérite d'immortaliser un évènement contemporain en  nous traçant une scène héroïque à travers laquelle le Général Farhat est mis en valeur. Celui-ci est au premier plan,  placé à son poste, intrépide et courageux, affrontant sans fléchir la marée d’ennemis hostiles et menaçants. Le peintre choisit le nœud de l’action, l’instant fatal et décisif où le Caïd allait être atteint par une balle qui causera sa mort. 

   Tel que conçu par son auteur, ce tableau suscite en nous des sentiments de compassion et d’admiration pour ce personnage mythique. Mais qu’en est-il vraiment de lui ? Dans quelles circonstances se fait-il tuer ? S’agit- il d’un héros martyr, qui se sacrifia vaillamment  pour une noble cause ou d’un personnage sans scrupule, comme d’ailleurs le laisse entendre certains chroniqueurs, sans doute, à mon avis, trop impartiaux et loin de toute objectivité (12) A la veille de l’Indépendance, dans un climat d’excès de patriotisme et de glorification des valeurs nationales, on a profané sa tombe. Dépourvue de son épitaphe sur lequel étaient inscrits des vers élégiaques exaltant la bravoure et les actes héroïques du défunt, sa tombe a été impunément rasée à même le sol. (13)  

    Né vers 1820, ce jeune mamelouk du nom de « Pointus » fut kidnappé sur les côtes crétoises par des corsaires pirates ; il n’avait alors qu’une huitaine d’années. Introduit au  palais du Bardo,  on lui choisit le nom de Farhat (habituellement précédé, en signe de respect, par le surnom  (« konia ») d’Abou al-Massarra). (14) Il reçut une éducation soignée en apprenant la langue arabe et quelques notions relatives au culte et aux obligations rituelles. Doté d’une belle voix, il était, selon le témoignage d’Ibn abi Dhiaf, « un prodige de Dieu dans la psalmodie du Coran ». (15)

 Affecté au service du Bey Ahmed 1er en tant que Odha Bachi (chef de chambrée), une fois sa majorité atteinte, il gravit rapidement tous les  échelons de la hiérarchie militaire, passant du grade de Qa’imaqam et Commandant de la garde personnelle du Bey Ahmed puis de son successeur Mhamed, à celui de Amir-liwa (Général de brigade). Il participa en 1837 à l’arrestation du Ministre Chakir et fut chargé, sous le règne de M'hamed Bey, de rédiger les intendances des greniers de l’Etat (la rabta). En 1855, il est nommé agha de l’ojak du Jérid  (Commandant de la garnison militaire), puis amir al-umara (Général de division) et enfin agha et caïd gouverneur du Kef et des tribus Ouled Ounifa. Il cumula plusieurs autres fonctions : ambassadeur d’Ahmed Bey à Tripoli et de Sadik Bey à Naples, Président du Tribunal Criminel de Tunis (août 1860- mai 1861), Conseiller et Directeur du Ministère des Affaires étrangères (mai 1861-février 1862). 

 Membre du Conseil suprême en 1860, il se joignit à  Kheireddine (Président du Conseil) et au Général Hussein (Président de la municipalité de Tunis) ainsi qu’à d’autres membres du conseil en refusant d’apposer sa signatures au projet de loi proposé par Mustapha Khaznadar, Premier Ministre, (accusé d'ailleurs de tant de cupidité et de prévarication), en doublant la majba (impôt de capitation) qui passa de 36 à 72 piastres et qui allait être  la cause effective et immédiate du déclenchement de l’insurrection  populaire de 1864 (16). En évoquant la misère de la population déjà lourdement accablée par les charges fiscales, le Général Farhat tente de convaincre le Bey de revenir sur cette décision qu’il juge préjudiciable et injuste. Il éprouva même tant de culpabilité d'avoir été contraint, quelques mois auparavant, de confisquer les tentes et les moindres biens de tous ces nomades démunis et incapables de payer l'impôt. Sa plaidoirie s'avéra pourtant vaine. (17)                    

Habitué à une règle de conduite très stricte et une discipline sans faille, élevé dans l’obéissance et l’accomplissement du devoir, il s’était incliné devant l’ordre impérieux émanant du Bey incitant tous les gouverneurs résidant à la capitale à rejoindre leurs districts afin de prélever les impôts  et prendre des mesures répressives en vue de mâter la révolte et de rétablir l’ordre. Cependant, si certains d'entre eux, craignant d'être attaqués par les bandes rebelles, n'ont pu atteindre leur chef-lieu, d'autres, barricadés dans leurs villes, réussirent à s'enfuir la nuit par terre ou par mer pour rejoindre la capitale. 

 Le Bardo ne disposant plus de troupes régulières, le Caïd Farhat quant à lui ne pût obtenir le renfort d’une escorte  armée. Malgré la  dissuasion de ses subordonnés qui lui conseillèrent de renoncer à cette périlleuse expédition (18), malgré surtout la crainte d’être taxé de couardise et de manque de bravoure, il prit la ferme résolution de se  diriger vers Le Kef, avec une escorte de cent cinquante spahis.

 Arrivé au lendemain de la journée du 16 avril 1864 (9 dhul-qi’da 1280) au défilé de khanguet al-Guédim, situé en avant du pont romain à une vingtaine de kilomètres de la ville du Kef, il est tombé dans un guet-apens tendu par les révoltés. Appartenant à plusieurs fractions de tribus telles que Ouled Ghanem, Ouled Yacoub, les Zghalma, les Charen, les Ouergla et bien d’autres, un millier d’hommes armés de fusils à pierre et de poignards, affluèrent de toute part. Malgré la mise en garde de ses subordonnés qui cherchaient à le persuader de rebrousser chemin, il répugnait de montrer des sentiments de crainte et se hasarda à livrer un  combat de vive force en affrontant les continuels assauts dirigés contre lui.

 Mais à la suite d’une défection de sa garnison, parmi laquelle beaucoup étaient originaires des mêmes tribus (19), ces derniers ne tardent pas à se disperser et à se rallier aux insurgés. Il y eut une débandade générale et il ne resta plus à ses côtés qu’une poignée  de fidèles. Au milieu des détonations répétitives d’armes à feu, son cheval fut atteint et s’affaissa sous ses pieds. Il reçoit à son tour un coup de feu au front et se met à saigner abondamment. S’appuyant contre le tronc d’un olivier, il continue à se défendre avec acharnement jusqu’au bout de ses forces. Mais vers le soir, un coup de fusil, tiré à bout portant, l’atteint en pleine poitrine. Il succomba avec les huit hommes de sa suite.

 

                


     « L’endroit où fut assassiné Le Général Farhat » ; Extrait d’une carte d’état-major de la ligne télégraphique Tunis-Le Kef, dressée en 1879, éditée par E. Andriveau-Goujon,  auteur : Capitaine Isodore Derrien (1839-1904).                

 

L’olivier sous lequel le Général Farhat trouva la mort demeura pour quelque temps un authentique témoignage de cet incident tragique, relaté par tant de témoins l’ayant vécu. Vers 1950, cet arbre a été coupé et brûlé. (20)

Malheureusement, cette triste nouvelle a été accueillie par les héros de la résistance avec un  sentiment de victoire et de vengeance. Le général Farhat incarne à leurs yeux l’emblème du pouvoir. Il devait donc payer de sa propre personne les actes de répression causés par  cette haïssable race de caïds, de mamelouks et autres commis du Makhzen auxquels il appartenait et qui n’ont cessé depuis longtemps de les maltraiter et de les spolier de leurs biens. (21)

 En revanche, Ali Ben Ghedhahem, un lettré de la tribu de Majer et chef de la résistance, contesta vivement l’assassinat du Caïd Farhat. Il refusa même d'accepter en cadeau la cartouchière du défunt, son fusil à canon et son baudrier. « Quel délit, s’écria-t-il, aurait commis cet assassiné dès lors qu’il n’était là que pour servir et exécuter des ordres suivant le besoin ? » (22). Il pressentit cette mort comme un mauvais présage en reprochant aux cheikhs des tribus d’avoir commis un meurtre qui non seulement ne servait pas la cause de leur lutte mais qui risquait d’attiser la colère du souverain et de son entourage. Il avait bien raison de le penser puisque une escorte armée menée par le Général Rustum, Commandant de la garde beylicale, a été envoyée en début du mois d’août, afin de pacifier la région du Kef et châtier les tribus responsables de la mort du  Caïd.

 



            
 Les insurgés prisonniers sont amenés devant le Bey dans la cour du Bardo pour écouter leur sentence


 Tout en étant conscient de l’état d’extrême misère que subissent les populations autochtones, si longtemps pressurées et exploitées férocement par d’insatiables et incrédules commis de l’Etat , le Général Farhat ne pouvait en aucun cas faillir à la déontique tâche à laquelle il était destiné. Son rôle de caïd faisait impérativement de lui, sans la moindre restriction, un parfait agent d’exécution. Il ne pouvait qu’obtempérer à l’ordre émanant du Bey, celui d’être redevable de la perception des impôts, du maintien de la justice et de la sécurité de son caïdat. 

 Intrépide dans le combat et doté d’une nature inflexible et intransigeante, il montre un acharnement et une ardeur tenace dans la poursuite de sa lutte. Il fit ainsi preuve d’abnégation et de dévouement total à la seule cause qu' il était tenu de défendre, mettant en avant son devoir d’allégeance et son implacable obéissance à son souverain.

 Pourrait-on le considérer de la sorte comme un être dépravé et corrompu, ayant agi par des actes répréhensibles et blâmables ou alors, était-il plutôt un personnage méritant et  digne d’estime, ayant accompli loyalement les tâches qui lui ont été assignées en bravant avec audace et courage et au péril de sa vie le danger ? Les uns voient en lui un héros, les autres un traître. Il est un héros, dit-on, car il a respecté, jusqu’à son dernier souffle, ses obligations militaires. Homme de guerre, excellent cavalier et fin tireur, il défia orgueilleusement la mort. D’un autre côté, il est jugé impunément comme un être irrespectueux qui n’a fait que défendre les abus  d’un régime impopulaire et répressif. Associé au pouvoir et à ses symboles, son héroïsme a été de ce fait contesté dans sa nature même.

Tout en condamnant les excès de dépravation et de pillage auxquels se sont livrées certaines tribus rebelles,  Ibn abi Dhiaf soutient l’idée que le Caïd Farhat ne méritait pas la mort alors même qu’il avait plaidé contre le doublement de la mejba. A plus forte raison, « il considérait ce surplus d’aide (financière) comme une énormité et tant de fois il lutta pour son application » (23).                                                                        

                                                            "Créature de Dieu, véritable prodige

                                                                          Sur qui pèse la main de la fatalité

                                                                          L'homme, comme un forçat lentement se dirige

                                                                         Vers il ne sait quel gouffre ou quelle éternité." (24)                                                                                                                                                                                               


                                                                                                                                    

 (1) Cf. Bice Slama, Ch. André Julien, « L’Insurrection de 1864 en Tunisie », MTE, 1967 (pages : 17, 24, 25, 47, 118) ; Marcel Gondolphe, Les incidents du Kef et la mort de l’Agha Si Farhat, in « La Revue Tunisienne », 1923, pp. 142-151 ; Jean Ganiage, « Les origines du Protectorat en Tunisie (1861-1881) », MTE (2è éd. , 1968)  ; Lotfi M’Raihi, « Ali Ben Ghedaham, le Bey du peuple », Atalas Editions, Tunis 1999 (en langue arabe) ; Hamdi Raiss, « La révolte de la Mejba en 1864, in « Jeunes Tunisiens, Exprimons nos talents », 15 juin 2008 ; Archives nationales de Tunisie,  Dossier 1051 : le meurtre de l’agha Farhat (28 documents « la révolte de 1280); "La révolte d'Ali Ben Ghedahem 1864", v.1 (un ensemble de documents concernant la crise du pouvoir en Tunisie et les troubles de l"année 1864, notamment sur le Général Farhat: pp. 37- 38, 45 (en langue arabe).

(2) Ahmed Ibn abi Dhiaf, Chronique intitulée « Ithâf ahl az-zamân, vol. 5, pp. 138- 158, 159 ; vol. 8 (biographie n° 357), pp. 133-135, MTD, Tunis, 1984 (en langue arabe). 

(3) Chedly ben Farhat (gouverneur de Nabeul) était surtout apprécié dans les milieux littéraires en composant  des poèmes panégyriques.  Cf. Md Sadok Bessaïs «Cheïkh Md ben Othman Senoussi, sa vie et son œuvre», Tunis 1976 (en langue arabe), pp. 55, 58, 119, 198 ; Cf. Md Sadok Bessaïs « « Mémoire sur l’affaire tunisienne de Md Senoussi», (en langue arabe), (chap. 3, Md Chedly ben Farhat, pp. 331-335).

(4) Ce palais appartenait à Ali Zarrouk (arrière-petit-fils de Md Arbi Zarrouk, ministre des Finances de Hamouda Pacha Bey). Il  l’avait reçu en héritage  de son beau-père le Général Rustum.  Ce dernier l’avait construit  au début du XIXème siècle dans un style architectural italianisant).

(5) Madame Kaouthar Louzir a eu l’amabilité de m’envoyer le cliché du tableau signé par El Mekki figuant dans ce texte. (Madame Monique d'Estienne d’Orves, épouse du feu docteur Hamadi ben Hassine Farhat,  m’avait remis un album-souvenir réalisé en août 2006 par Kaouthar Louzir. Cet album intitulé « Un homme, Hamadi Farhat, et son lieu d'ancrage Hergla », comporte quelques renseignements intéressants sur la famille Farhat. .

 (6) Le Palais de Kobbet Ennhas fut construit par Mohamed Rachid Bey vers 1756. Quelques monarques husseinites y résidaient. Il fut ensuite occupé successivement par le Gl Farhat et le Gl Rachid.

 (7) La salle du trône du palais du Bardo étaient garnie par 65 œuvres de peintures. A la proclamation de la République, une partie de ce fonds  a été reléguée à la cave du palais. Une autre partie a été envoyée au Musée du Bardo et, plus tard, durant le mandat de Bourguiba, une troisième partie  fut placée au Palais présidentiel de Carthage.

(8) Dans son article « Les incidents du Kef et la mort de l’Agha Si Farhat », Marcel Gandolphe mentionne   qu’ « un tableau à l’huile, placé dans une salle du Palais de Kassar-Saïd, retrace la scène de la mort de Si Farhat. Ce dernier, grand et bel homme, adossé à un olivier, fait face à l’ennemi.» 

(9) C’est au Palais de Kasr Saïd qu’a été signé le 12 mai 1881, en présence de Sadik Bey et de ses ministres, le traité du Bardo qui marqua l’établissement du protectorat français en Tunisie. Un siècle plus tard, en 1981, on a tenté d’installer dans ce palais un « musée d’histoire moderne et contemporaine de la Tunisie », en y réunissant un certain nombre de tableaux de peinture, du mobilier, des documents, des médailles et toute sorte d’objets d’apparat ayant appartenu à la dynastie husseinite. Cependant, l’inauguration de ce musée n’a jamais eu lieu. Ce n’est que quelques décennies plus tard, en  novembre 2016, à l’initiative de la fondation Rambourg (créée en 2011 et basée à Tunis, ayant pour fin de préserver l’héritage culturel de la Tunisie) et en coopération avec l’Institut National du Patrimoine, que fut organisée, au sein du Palais, une exposition intitulée « L’Eveil d’une Nation ». Tout récemment, en mars 2O19, le Palais de Kassar Saïd,Said, rebaptisé « Palais des Lettres et des Arts », rouvrit ses portes au public, inauguré par une exposition intitulée « La Régence de Tunis…Fenêtre de la Méditerranée.

(10) Soulignons qu'il existe de ce tableau une reproduction photographique en noir et blanc parue dans "La Revue Tunisienne illustrée", novembre 1922 (article du Commandant Duvet : Chronique de l'armée tunisienne), ainsi qu'une autre reproduction du même tableau dans "La Revue  Tunisienne" du 30 avril 1935, n° 53, p. 13.  

 (11) Ces deux tableaux de Monier n’ont pas figuré au Salon de Paris. « L’Illustration » (n° du 30 juin 1855) s'est contenté de reproduire la silhouette d’un soldat du contingent).  

 (12) Évoquant ses souvenirs familiaux, l’une de mes grands-tantes, Kmar Baccouche (1898-1992), m’avait entretenu de l’héroïsme de son aïeul maternel, le Général Farhat Caïd Djebira, mort, disait-elle, pour une noble cause ! Le charisme de ce personnage légendaire, dont la vie, en tant que Caïd, chef de la méhalla,  a été avant tout   consacrée à l’exercice du pouvoir, a longtemps aiguisé ma curiosité. Il fut l’un des défenseurs des populations démunies contre l’imposition excessive des impôts. Il semble de ce fait que son image n’a pas toujours été conforme à cette physionomie dépréciative que certains historiens lui ont accolée.

 (13) Le Général Farhat a été inhumé le vendredi 15 dhul-qui’da 1280/22 avril 1864, en présence du Bey et des dignitaires, à la zaouia de Sidi Abdelwahab, un des disciples du Vénéré Saint Sidi Belhassen Echadhouli. Ce sanctuaire est situé aux environs de Manouba et du palais de Kobbet Ennhas, lieu de résidence du Général.  Sa tombe, ayant perdu toute trace, un vieux gardien de la zaouia, avec sa mine renfrognée, se contenta de me  désigner par un   geste vague de la main  l'emplacement d'origine de la sépulture..

(14) Deux généraux mamelouks portent  le même nom de Farhat. Ils sont beaux-frères : Farhat Caïd Jbira épousa Emna (Maymouna) et  Farhat (général en chef de la cavalerie) épousa sa sœur Kabira. Toutes les deux sont les  filles de Béchir fils de  Slimane Kahia (Mamelouk d’origine circassienne, Ministre de la Guerre sous le règne de Mahmoud Bey puis d’Hussein  Bey). ( Farhat Caïd Jbira a eu quatre enfants: Zannoukha, Chedly, Mannoubi et Habiba).

(15) Le précepteur (meddeb), Mohamed al-Makni, qui  se chargeait de l’éducation des jeunes mamelouks du palais lui avait appris quelques chapitres du Coran. Cf. Ahmed ibn Dhiaf, « Chroniques », op cit., vol. 8, p. 133 et 134. 

(16) Dans son ouvrage « La Tunisie Pré-coloniale », Mustapha Kraïem note que : « Le Général Farhat reconnut, lors de la réunion du conseil beylical pour examiner la possibilité de doubler le montant de la mejba, que pour faire acquitter les 36 piastres, il faisait vendre jusqu’aux tentes et menus biens des Arabes bédouins qui demeuraient  à la merci du froid et de la chaleur. », STD, 1973, tome 1, p. 341.   

(17) Cf. Ibn Abi-Dhiaf, op cit., vol. 8, p. 133.

(18) Son adjoint au Kef, al-Arbi Guayès et le Caïd des Drid à Teboursouk, Ibrahim ibn Azzouz lui envoyèrent par écrit afin de le prévenir du grand danger qu'il pouvait  encourir et de revenir sur sa décision d'affronter le combat.

( 19) Les Ouled Ounifa se composent d’une demie douzaine de sous-factions (‘urùch(s) dispersées sur toute la région nord-ouest du pays.

(20) Cf.  Nouri Boudali, « Protectorat et Indépendance »,  Imprimerie Al Asria, Tunis, 1992, p. 25.

(21) Cf.  Bice Slama, op cit., p. 35.

(22) Ibn abi Dhiaf, op cit., vol. 5, p.159.

(23) Ibid, vol. V. p. 155. 

(24) Tiré d'un  recueil de poèmes éditées par l'auteur, Salah Farhat, intitulé "Chants de l'Amour", (p. 62,"La destinée suprême").

(Salah Farhat (fils de Chedly): avocat, l'un des fondateurs du Destour, dont il fut Secrétaire Général de I923 (date de départ de A. Thaalbi en Orient) Jusqu'en 1985, date de son décès).     

                                                                                                                                                                                                                                                                Khaled Lasram, septembre 2012

dimanche 31 mai 2020



                 "Abdelaziz Ben Raïs, Aux Origines de la Peinture en Tunisie" 






Il a fallu de longues et patientes recherches pour retrouver chez des collectionneurs avertis les toiles qui sont reproduites dans ce livre et qui nous révèlent un peintre et une œuvre restés trop longtemps inconnus du public.

Il s’agit pourtant d’un artiste qu’il faudra désormais considérer comme l’un des fondateurs d’une peinture de chevalet tunisienne mais aussi comme l’un des peintres importants de la Tunisie durant la première moitié du XXè siècle. Parce que Abdelaziz Ben Raïs est un peintre véritable ; sa vie entière, il n’a fait que peindre, sans doute parce que, comme sans doute Claude Monet « il ne savait rien faire d’autre ». C’est ainsi que s’est affirmé le tempérament d’un artiste amoureux des hommes et de la nature, un passionné de la lumière qu’il capte avec un talent consommé.

Malgré son handicap (il était sourd et muet), ou peut-être en raison de son handicap, A. Ben Raïs a su appréhender avec une infinie tendresse sa ville, ses aventures, sa Médina, ses ruelles de banlieues…Qu’il s’agisse de dames conversant sur un banc public, de bourgeois cosmopolites attablés sur la terrasse d’un café ou de passants dans les ruelles de la Médina, les personnages ont dans ses toiles une présence qui révèle une profonde sympathie et un attachement sincère de la part de l’artiste.

S’il a privilégié les sujets que lui inspire son environnement à la fois traditionnel et moderne, il a échappé à l’écueil de l’exotisme et du folklorisme. Il a su mettre au service de sa sensibilité et de da sincérité une parfaite maîtrise technique. Là est le secret de son génie.

                                            (Mohamed Masmoudi, fondateur de Sud Editions)


Actualités de la Tunisie 14 octobre 2006




Avec le peu de matière à sa disposition, le professeur Khaled Lasram nous a offert un bijou appelé : “Abdelaziz Ben Raïs”. L’édition d’un livre est toujours un événement heureux dans le paysage de la création. Que dire de la parution d’un beau livre, qui plus est sur les arts plastiques. Après “Tunis naguère et aujourd’hui” de Zoubeïr Turki, Sud Editions se plaît dans ce nouveau genre un brin exigeant et nous gratifie d’un petit bijou intitulé “Abdelaziz Ben Raïs”, qui va trouver sa petite place sur les étalages de nos librairies et bibliothèques. Jeudi soir, il y avait foule à Dar El Jeld de la Médina de Tunis. Nous avons vu entre autres le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine et son cortège officiel. L’occasion était aussi des retrouvailles et l’ambiance,fort conviviale. Comme au bon vieux temps. “Le nom de Ben Raïs m’était tout au début inconnu. Au fil de notre travail avec le chercheur et professeur Khaled Lasram, aidés par les nouvelles technologies et autres supports d’informatiques et les quelques collectionneurs, nous avons appris à aimer ce peintre, perdu de vue depuis une cinquantaine d’années. Nous n’avions pas assez de toiles. Il faut vraiment aller les chercher chez les mordus d’art. Nous avons trouvé chez les uns, un Ben Raïs, chez d’autres quatre, cinq ou douze Ben Raïs et nous avons collecté une soixantaine. D’ailleurs jusqu’à la veille de la publication, nous est parvenue une toile appartenant à un avocat, “La fille à la poupée”. Notre rôle est de valoriser la peinture de chez nous. Faites-le lire et offrez-le. Je crois que vous faites une bonne action”, a notamment dit Mohamed Masmoudi, patron de Sud Editions. Il était entouré de Khaled Lasram, auteur de l’ouvrage et qui enseigne l’histoire de l’art à l’Institut supérieur des Beaux-Arts de Tunis. Cet ancien de la Sorbonne qui affectionne le travail sur la peinture orientaliste française notamment celle de l’Egypte de la période de 1869 à 1914 nous prépare pour les jours à venir un ouvrage sur le premier portraitiste tunisien, Ahmed Ben Osman. “Je remercie l’éditeur qui a cru à mes recherches et m’a apporté tout le soutien afin de défricher le début de la peinture figurative chez nous. Mon travail n’est pas une simple biographie mais un travail approfondi sur les facteurs idéologiques, sociologiques et artistiques de cette époque de la première moitié du XXème siècle, et sur son insertion dans la peinture, sur son langage nouveau et significatif et sur le choix de ses sujets. Il y a deux jours, un collectionneur est venu me voir avec un carré d’une scène de plage et ça m’a touché. Le galeriste Moncef Msakni nous a prêté les deux originaux qu’on a accrochés ici-même. Je lance donc un appel pour que les collectionneurs se manifestent un peu plus. Ceci va pousser nos chercheurs à se mettre au travail pour réveiller d’autres talents que l’histoire a omis”, a précisé Khaled Lasram qui a voulu rendre un hommage posthume à cet “illustre-inconnu”. Abdelaziz Ben Raïs (1903-1962) était un sourd-muet. Mais sa sensibilité à son entourage était très développée et à fleur de peau. Il peignait tendrement et avec de petites touches les ambiances modernes et traditionnelles et sans jamais tomber dans “l’exotisme et le folklorisme”. Ses toiles dégagent beaucoup de sincérité. Pour les intéressés, le livre offre un bon continu rendant compte de la démarche de ce peintre, intermédée avec des analyses des lectures fondées. Ses 160 pages sont généreusement illustrées avec des toiles photographiées par Nicolas Fauqués. Quant à la jaquette, c’est un réel plaisir pour les yeux et une véritable invitation à la lecture.
                                                                                                                                      Zohra ABID




                                                             

                                            Centre d'Art, A. Ben Raïs (debout à droite), 1927


Source : LeQuotidien: lequotidien-tn.com

Entretien avec… Khaled Lasram, auteur du livre : Abdelaziz Ben Raïs, aux origines de la peinture en Tunisie

 

Khaled Lasram est une figure bien connue et appréciée dans le milieu culturel tunisien. Enseignant en histoire de l’art à l’Isbat depuis plus d’une vingtaine d’années, ses recherches, menées avec discernement et rigueur, traitent généralement de l’art contemporain en Tunisie. Il est aussi plasticien à ses heures; on connaît ses peintures, exposées régulièrement dans nos galeries d’art, où s’affirme un style personnel, mûr et accompli.

 

Aujourd’hui, il consacre un livre sur l’un de nos artistes précurseurs, Abdelaziz Ben Raïs, jusque-là méconnu du public et qui, pourtant, a foulé au même moment que Yahia Turki le domaine de la peinture de chevalet.

Le choix opté pour cet artiste ne tient pas compte uniquement de l’intérêt historique et documentaire de ses œuvres, mais aussi et peut-être surtout de leur valeur artistique. Car il s’agit, à travers ses peintures, d’un véritable hymne rendu à la lumière de notre beau pays et à ses doux rivages méditerranéens, témoignant d’une habileté certaine dans l’exécution, d’une sensibilité vive et d’un goût sûr.

L’ouvrage de Khaled Lasram, essentiel à la connaissance de la peinture tunisienne, couvre la période allant du moment de la création du Centre d’art en 1923, année durant laquelle Ben Raïs s’y inscrit, jusqu’à la mort de l’artiste en 1962. Une place non négligeable est accordée aux événements qui ont marqué cette époque, faisant l’objet de notices fournies, qu’il s’agisse de foyers culturels, d’associations ou de groupes d’artistes et qui permettent d’ancrer historiquement le parcours de notre peintre.

La vie singulière et hors du commun de Abdelaziz Ben Raïs, frappé depuis sa tendre enfance d’une surdimutité qui l’a accompagné sa vie durant, est raconté dans toutes ses circonstances, à travers des détails souvent pittoresques et savoureux, dans un style alerte et élégant, à la manière d’un roman.

Nous nous sommes entretenus avec l’auteur à propos de son livre, qui paraîtra dans les prochains jours grâce à l’excellente initiative de «Sud Editions», qui s’applique, depuis quelque temps, à diffuser une série d’ouvrages d’art dont récemment le fameux Tunis, naguère et aujourd’hui de Zoubeïr Turki, épuisé depuis longtemps et paraissant de nouveau sous forme d’un élégant volume de mêmes dimensions que l’original. 

 

Vous êtes connu en tant que plasticien, enseignant et chercheur. Pensez-vous que votre livre est à la fois marqué du sceau de cette triple expérience? 

 

Certes, mon intérêt pour l’art contemporain en Tunisie m’a amené à analyser, à travers une série d’articles, une multitude de questions diverses, telles que les différentes institutions qui ont été établies, avec l’installation du Protectorat et qui ont préparé à l’affermissement des valeurs culturelles et artistiques occidentales dans le milieu autochtone, les différentes étapes qui ont jalonné l’évolution de l’art en Tunisie, les groupes d’artistes et la création de l’Ecole de Tunis, la chronique d’art et les comptes rendus d’expositions, le marché de l’art, etc. Autant de questions clés que j’avais traitées et qui m’ont incité à m’intéresser de plus près à quelques artistes éclaireurs, parmi les précurseurs, dont Abdelaziz Ben Raïs. Ce dernier a retenu particulièrement mon attention, vu que son œuvre, assez remarquable, demeure peu connue du public amateur.

Parallèlement à tout ce qu’a pu me révéler la discipline de l’histoire de l’art, comme modes de lecture et comme méthodes efficaces d’accès aux œuvres, ma pratique de la peinture m’a certes préparé à mieux appréhender les productions de Ben Raïs, à considérer leur aspect proprement plastique et surtout à les placer dans leur contexte culturel et social. 

 

Votre livre paraît être plus qu’une étude sur la vie et l’œuvre d’un artiste, il soulève tout un ensemble d’éléments d’ordre historique, social ou esthétique touchant, dans une vision plus globale, au champ de l’art pictural en Tunisie… 

 

Je n’ai pas cherché à faire de ce présent travail une simple monographie, mais une recherche plus complète et plus détaillée sur les premiers moments de la peinture tunisienne et la réception de ce savoir-faire et de cette nouvelle expression par nos artistes nationaux. Loin de me limiter à une expérience individuelle, j’ai donc opté pour une grande diversité dans l’information en intégrant des faits, des événements. L’histoire de l’art ne pourrait être simplement historique et ne limite pas son ambition à faire l’histoire des artistes. Elle prend aussi en compte les facteurs socio-culturels et idéologiques qui peuvent influer sur la vision de l’artiste et déterminer sa propre conception de l’art. Car si, d’une certaine manière, tout créateur de quelque originalité, mène une aventure solitaire, il n’en est pas moins vrai que le recours à des notions tantôt historiques, tantôt purement esthétiques demeure indispensable si l’on ne veut pas s’égarer. 

 

Propos recueillis par Bady Ben Naceur              Source: La Presse  10 Septembre 2012

 



(Madame Manoubia Ben Ghedahem, Maître de Conférences en Littérature à l’Institut supérieur des Langues de Tunis, a présenté l’ouvrage de Khaled Lasram sur Abdelaziz Ben Raïs au Colloque international qu’avait organisé, les 17 et 18 novembre 2020, l’ « Ichara » et le laboratoire « Langue et formes culturelles » à l’Institut supérieur des Langues de Tunis. Son intervention a eu beaucoup de succès et a suscité des interactions enrichissantes auprès des intervenants.

En s’appuyant sur des projections en data-show de quelques œuvres de Ben Raïs, Madame Ben Ghedahem a démontré à travers  son discours qu’il faut impérativement changer de mentalité concernant le phénomène de la surdité. Elle considère  que celle-ci  n’est pas toujours un handicap, sauf si on le veut. Le vrai problème, explique-t-elle, est un problème de moyens, de chances données à l’enfant.

Le cas de Abdelaziz Ben Raïs reste un cas significatif : « Son milieu aisé et ouvert d’esprit » a été « une chance qui lui permit de dépasser ce qui était censé le handicaper. » Il trouva dans la peinture le meilleur moyen d’exprimer ses sensations. Alors que généralement, conclue-t-elle, on place les sourds parmi les déficients mentaux, un Tunisien, au début du siècle dernier, a réussi à montrer qu’il n’en est rien. »)



 

Tunisia News- Number  676 - September 30, 2006. P. 13.

ART BOOK BY “SUD EDITION”

“Life and works of precursor Abdelaziz Ben Raïs by Khaled Lasram”

 

Khaled Lasram is a well-known and appreciated figure in the Tunisian world of culture. A teacher in Art history at the Fine Arts H Institute for over twenty years, his research witch he conducted which he conducted with discernment and rigor, generally deal with contemporaneous art I Tunisia. He is also a visual artist when he feels like it; his well-known paintings are regularly exhibited in our art galleries where a personal, mature and accomplished style is asserted. Today, he is devoting a book about one of our precursor artists, Abdelaziz Ben Raïs, until now ignored by the public and who, however, stepped into the world of easel painting at the same time as Yahya Turki.

The choice taken for this artist does not take into consideration only the historical and documentary   interest of his works, but also perhaps their artistic value. For, through his paintings, it is a true hymn to the light of our beautiful country and to its sweet Mediterranean shores, giving evidence of a true sill in the execution, of a great sensitivity and of a reliable taste.

Essential to the knowledge of Tunisian painting haled Lasram’s work covers the period that goes from the time the Art Center was founded in 1923, the year when Ben Rais enrolled there, until the artist’s death in 1962.

A by no means insignificant place is granted to the evets that marked that period, being the subject of extensive notices, be they cultural centers, associations or groups of artists that allow our painter’s career to be historically rooted.

The remarkable ad unusual life of Abdelaziz Ben Rais, who had been struck ever since his early childhood by deaf-and-dumbness that stayed with him all along his life, is depicted in all of its circumstances, through often colorful and delightful details, in a lively and smart style, in the form of a novel.

His book is to be published in the next few days thanks to the excellent initiative of “Sud Editions” that has, for some time, been endeavoring to circulate a series of Art works, among which the famous Zoubeir Turki’s Tunis, in the Past and Today, out of print for a long time and appearing under the shape of an elegant volume that has the same dimensions as the original.

You are known as a visual artist, a teacher and researcher. Do you think that book is marked by the seal of this triple experience?

Indeed, my interest in contemporaneous art in Tunisia has led me to analyze, though a series of articles, a multitude of various questions, such as the different institutions  that were established  with the settlement of the Protectorate and that led to the strengthening of Western cultural and artistic values in the native milieu, the different steps that punctuated the evolution  of art in Tunisia, the groups of artists and the creation of the Tunis School, the Art chronicle and the exhibitions reports, the art market, etc. As many key issues that I had dealt with and that led me to look more closely at some guiding artists, among the precursors, Abdelaziz Ben Rais being one of them. The latter attracted my attention particularly, as his rather remarkable work is still very little known by the amateur public.

In parallel to all that the subject of art history has been able to reveal to me, as modes of reading and as efficient methods to have access to the works, my practice in painting did, indeed, prepare me to better apprehend Ben Rais’s productions, to consider their specifically visual art aspect and mostly, to place them I their cultural and social context.

Your book seems to be more than a research on an artist’s life and works, it brings up a whole set of a historical, social or esthetic order having to do, in a more global vision, with the field of visual art in Tunisia…

I did not try to do with this current work a simple monograph, but a more complete and more detailed research on the first moments of Tunisian painting and the and the reception of this know-how and of this new-expression  by our national artists. Instead of limiting myself to an individual experience, I have thus, opted for a greater diversity in the information by integrating facts, events. Art history could not be simply historical and it does not limit its ambition to make artists’ history. It also takes into consideration the socio-cultural and ideological factors that may have an impact on the artist’s vision and determine his own conception of art. For, if, in a certain way, every creator of any originality, leads a solitary adventure, it is no less true that having recourse to notions that are, once historical, and once purely esthetic remains necessary if we do not want to wander from the point.